Catherine DECRUYENAERE, Déléguée régionale de l’Union nationale des industries françaises de l’ameublement (UNIFA) et animatrice nationale du Groupement des agenceurs d’intérieur

Catherine DECRUYENAERE, bonjour.logo_unifa-2
Vous êtes Déléguée régionale de l’Union nationale des industries françaises de l’ameublement (UNIFA) et animatrice nationale du Groupement des agenceurs d’intérieur. Pouvez-vous vous présenter et décrire votre fédération ?

J’ai intégré l’UNIFA en 1997 comme Déléguée régionale Nord. C’est à dire que j’interviens auprès des adhérents du Nord-Pas-de-Calais, de la Picardie et des deux Normandie. Notre fédération nationale compte environ 350 entreprises qui fabriquent des meubles, de l’agencement, ainsi que des métiers connexes. Au total, cela représente une quinzaine de métiers différents, du secteur du lit à celui du cercueil en passant par le textile d’ameublement, les facteurs d’orgue, le mobilier de bureau, les fabricants de placards, etc.

L’UNIFA regroupe principalement des entreprises industrielles, qui peuvent malgré tout être de taille assez petite avec peu de salariés. Cela peut être une entreprise de cinq salariés mais avec une mentalité et des process industriels, jusqu’à des entreprises de plusieurs milliers de salariés. Sur ma délégation, l’adhérent le plus important, Demeyère situé à Pérenchies (59), a un peu plus de 1.000 salariés.

Sur ma délégation régionale, j’ai principalement des entreprises qui font de l’agencement, et des entreprises relativement petites, c’est-à-dire entre 20 et 50 salariés.

Dans ce domaine de l’agencement ?

Dans tous les domaines, mais surtout de l’agencement ; dans ce métier, beaucoup d’entreprises sont petites pour garder de la souplesse. C’est vrai que je suis assez « spécialisée » sur l’agencement : ma région est relativement petite en nombre total d’entreprises, et plus de 50% de mes adhérents sont dans l’agencement. Par ailleurs, ces 40 agenceurs représentent déjà plus de 10 % des effectifs nationaux de l’UNIFA. Donc, j’ai beaucoup insisté pour que le groupement soit étoffé au plan national avec la création d’outils spécifiques pour ces sociétés qui étaient demandeuses.

Dans le passé, un salarié de l’UNIFA national s’occupait de groupements professionnels spécialisés. Parmi ceux-ci, je suivais toujours les travaux en faveur des agenceurs.

Et puis, notre fédération -qui est après tout une entreprise comme une autre- a vu son marché (le nombre d’adhérents, donc de cotisants) diminuer depuis une dizaine d’années. Le nombre de salariés de l’entreprise UNIFA a donc diminué également. Cette restriction de personnel a entrainé un nombre plus important de tâches confiées aux salariés de notre organisation. Au départ, nous avions une organisation à plusieurs variables : d’abord, tout ce qui est régional avec un délégué régional, et ensuite par métier ; car on ne travaille pas sur les mêmes bases pour l’entreprise qui fait de l’agencement, pour celle qui fait du bureau pour les professionnels ou du meublant pour les particuliers, etc. Avec cette évolution de notre fédération, chaque délégué régional a dû prendre en plus un de ces groupements spécialisés. Et, naturellement, j’ai récupéré le groupement des agenceurs d’intérieur au plan national.

De là, nous avons dépassé les 100 adhérents agenceurs d’intérieur, sur 350 adhérents UNIFA au national.

Vous-même, vous êtes géographiquement basée dans le Nord ou sur Paris, au siège de votre organisation ?

Sur la région lilloise, à disposition des adhérents régionaux. Et, en plus, je voyage. Ma délégation Nord étant plus petite que les autres, je travaillais à temps partiel quand j’étais uniquement déléguée régionale. En prenant le groupement national des agenceurs, bien entendu j’ai dû passer à temps complet.

Au total, il y a cinq délégations régionales UNIFA :
– Nord, Pas-de-Calais, Picardie, Basse et Haute Normandie
– Nord Ouest et Centre
– Île-de-France
– Est
– Sud Ouest et Sud Est

Étant donné vos répartitions géographiques, vos fonctions impliquent beaucoup de déplacements ?

Oui. C’est déjà évident quand vous voyez l’étendue de la région Sud Est + Sud Ouest : non seulement ce délégué régional a toute l’étendue du sud de la France à gérer, mais il a également un groupement à animer. Et cela ne se fait pas toujours juste à côté de chez lui, naturellement. Donc effectivement, il faut voyager.

Restons sur votre propre activité : quelle est la part de déplacements dans votre organisation « déléguée régionale + groupement national » ?

Probablement près de 50 heures par semaine.

Un point particulier de cette fédération des industries de l’ameublement : vous êtes, vous et vos collègues de l’UNIFA, des multispécialistes ! Entre ce que vous appelez le meuble meublant, et vous allez nous définir ce qu’est ce « meuble meublant », le mobilier de bureau, le monde du cercueil, les agenceurs d’intérieur, les facteurs d’orgues…

Le meuble meublant correspond à ce que vous avez dans les maisons, c’est-à-dire tous les meubles de la salle à manger et du salon. Oui, « l’ameublement », c’est très large ! Et vous pouvez aussi ajouter les meubles de cuisine, de salle de bains, les placards, les tissus d’ameublement, etc. Et même les meubles meublants sont divisés en spécialités, car il y a des entreprises qui travaillent quasiment à façon et à l’unité dans le domaine du luxe, pour nous c’est la haute facture, d’autres qui travaillent pour de grands distributeurs négociants et enfin ceux qui produisent à grande échelle sur des process extrêmement industrialisés et qui vendent leurs produits dans le monde entier. Pour les agenceurs, nous avons également des relations avec les fournisseurs des agenceurs.

Donc, on ne parle pas de la même façon à une entreprise qui emploie 1.000 salariés et avec celle qui intervient dans le domaine du luxe pour l’export.

Cet aspect multimétiers est une particularité de votre organisation. Cela signifie que, sur le terrain, vous êtes amenée au long de la journée à traiter des dossiers de métier qui n’ont absolument aucun besoin en commun, car ils sont de secteurs professionnels totalement différents ?

C’est tout l’intérêt du métier ! Et c’est également ce qui fait la complexité pour expliquer notre métier… Parce que, effectivement, nous allons sur tous les terrains. Nous ne sommes jamais spécialistes sur tous les terrains, bien sûr.

Et en plus, effectivement, nous pouvons aller dans une entreprise pour parler juridique, social ou bien problème technique ou normatif. C’est très vaste. Ou bien, pour écouter le chef d’entreprise qui a besoin d’évoluer, d’agrandir, de chercher des financements, etc. Je ne vais pas dire qu’il n’y a pas de limites, mais nous pouvons faire beaucoup de choses.

En fait, pour nous, tout est basé sur les outils nationaux basés à Paris et à disposition des adhérents et sur nos réseaux personnels.

Quels sont ces outils de l’UNIFA, à Paris ? Plus généralement, quelle est l’utilisation des moyens d’une fédération professionnelle, lorsque l’on intervient au quotidien sur le terrain auprès des entreprises ?

Ce sont, par exemple, les moyens humains du service juridique et social, qui compte parmi les plus utilisés par les adhérents de tous les syndicats professionnels. Et c’est également l’un des plus efficaces, car c’est l’organisation professionnelle qui négocie la convention collective avec les syndicats de salariés. Donc, forcément, qui mieux que nous connaît les détails du droit du travail ? Et ceci, pour pouvoir défendre les entreprises, ce qui est quand même la base travail. Et les aider à se développer

Autre exemple de service, l’export qui aide les entreprises d’abord via des financements, mais aussi en les conseillant, en réalisant des missions à l’étranger, en permettant une présence commune dans des salons spécialisés, en les mettant en réseau et en leur proposant un certain nombre d’outils spécifiques liés à l’exportation.

Nous avons également un service technique qui s’occupe notamment de tout ce qui est normatif, qui regarde tout ce qui concerne l’ameublement, au plan mondial, et défend les intérêts de nos adhérents.

Là encore, avec des spécificités liées à chacun de vos métiers ? Puisque les normes dans le matériel de bureau n’ont rien à voir avec les équipements des cuisinistes, etc.

Effectivement. Et ce sont toujours des batailles différentes. Il y a quelques sujets qui sont transversaux, par exemple l’écotaxe qui s’applique en vertu du principe pollueur-payeur dont nous entendons parler en ce moment et qui concerne nos adhérents, quels qu’ils soient. Par contre, un lit superposé a des normes qu’il faut travailler de près (sécurité des utilisateurs), mais qui ne concernent qu’un secteur. Et il faut aussi se battre de la même façon en faveur des entreprises du cercueil en bois, pour qu’elles ne soient pas lésées par rapport au carton.

Parce qu’il y a des cercueils en carton ?

Oui, cela existe des cercueils en carton. Et certains aimeraient bien voir ce marché se développer en France.

Extraordinaire, tous ces secteurs que l’on découvre régulièrement… Pour revenir un notre interview, y a-t-il une journée type dans votre organisation ?

Alors, en général, lorsque l’on va en entreprise, c’est sur des sujets qui sont prévus. Mais c’est vrai que l’on ne peut pas vraiment parler de « journée type ». Il n’y a même pas d’organisation type qui pourrait permettre de dire le lundi est consacrée à telle action, et tel autre jour à telle autre action. Et c’est ce qui fait la richesse de ce métier.

Je reviens sur un point que vous avez cité tout à l’heure : vous avez parlé de luxe et en même temps d’industrie. Quel est le lien entre ces éléments ?

En fait, c’est dans la mentalité. Moi qui suis un peu plus proche des agenceurs, je le vois bien. Je rencontre des entreprises qui ont 5, 10 salariés et qui ont la mentalité industrielle. Donc, soit elles sont très équipées et pourtant elles vont faire des choses luxueuses parce que justement leur équipement leur permettra la précision. Et à côté de cela, il y aura quand même beaucoup de main-d’œuvre et surtout de matière grise. Alors là, je ne vous parle pas de haute facture, mais d’agencement. Mais dans la haute facture, on peut retrouver le même principe.

Vous avez déjà cité ce terme de haute facture, qu’est-ce que c’est ?

C’est justement tout ce qui concerne le luxe ; c’est le travail de l’ameublement haut de gamme ou celui des éditeurs de tissu, par exemple.

Mais ce secteur-là ne se définit pas comme artisanal ?

Bien sûr, nous avons également des artisans dans ce secteur de la haute facture. Mais nous avons des entreprises qui interviennent ce domaine particulier et qui, pour nous, ne sont pas des artisans. Ils ont la mentalité industrielle.

Vous avez intégré l’UNIFA en 1997. Comment arrive-t-on sur ces fonctions en OP ?

C’est souvent par hasard, et surtout par son réseau. C’est le réseau, parce qu’il n’y a pas de formation pour ce métier, pour devenir délégué régional et travailler dans un syndicat patronal. Je pense que c’est souvent par hasard, quel qu’il soit. Pour beaucoup d’entre nous, c’est souvent le réseau. Un jour, quelqu’un dit : « Est-ce que ça t’intéresse de travailler dans une organisation professionnelle ? ». Et voilà.

Mais quand je vois le nombre de spécialités que vous gérez, cela signifie que vous venez de l’ameublement ?

Absolument pas, je venais de l’électronique. Mais, attention, lorsque l’on est délégué régional, on est très généraliste. Et la qualité la plus importante, c’est de savoir s’adapter et d’aller chercher les outils ou d’aller ouvrir les portes pour les entreprises qui en ont besoin.

Vous pourriez donc travailler pour l’organisation professionnelle d’un tout autre secteur que l’ameublement ?

Pourquoi pas ? Bien sûr.

Donc, l’important c’est de réussir à faire parler les chefs d’entreprise des besoins qu’ils ont, et de tout faire pour trouver les outils qui vont répondre à leur demande ?

C’est exactement cela.

Vous veniez du monde de l’électronique. Vos études n’avaient rien à voir non plus avec vos missions en fédération ?

Il n’y a pas d’études particulières pour intégrer le syndicalisme patronal. Pour ma part, je n’avais aucun rapport avec cette activité. Et je pense que je devais être comme le salarié lambda qui se demande ce que peut être ce genre de métier… Pour répondre plus directement votre question, je suis passée par un BTS Assistante technique d’ingénieur, qui est à la fois technique et en même temps généraliste, et une licence d’informatique de gestion. Mais, de toute façon, je pense que toute formation relativement généraliste peut être un plus dans ce type de métier.

Alors, comment définissez-vous les métiers que vous menez ?

Je ne les définis pas. Je ne pense pas que l’on puisse les définir. Et pourtant il y a un nombre relativement important de salariés qui travaillent dans ce secteur, y compris ceux des CCI (N.D.R. : Chambres de commerce et d’industrie), des clubs professionnels, etc. Beaucoup de monde anime des groupements professionnels et nous faisons plus ou moins le même type de métier. C’est vrai, je me rends compte que j’appartiens à un réseau régional sur l’innovation où nous nous retrouvons, tous métiers confondus. Donc, j’ai des collègues dans le graphisme, dans l’imprimerie, dans le textile, ceux de la CCI, de l’INPI (N.D.R. : Institut national de la propriété industrielle), des ruches d’entreprises, etc. En fait, tous ceux qui interviennent en faveur de la création ou du développement de l’entreprise. Et chacun peut travailler de la même façon que nous à l’UNIFA. C’est donc toujours un peu dans les mêmes types de métiers. Au total, nous sommes relativement nombreux, mais il n’y a pas de formation spécifique.

Diriez-vous que les métiers que vous faites, puisque qu’il faut parler deS métierS, sont en fait peu connus en dehors du cercle professionnel que vous décrivez ?

Il suffit de parler de votre métier à une personne lambda, pour s’en rendre compte. Combien de fois, il m’est arrivé de décrire à plusieurs reprises ce que je fais à quelqu’un… et à chaque fois que je revois ces personnes, elles me disent qu’elles n’ont toujours pas bien compris ma mission ni ce que je fais ! Alors, je ne suis peut-être pas très claire dans mes explications… mais, c’est vrai que c’est tellement vaste que c’est un peu compliqué à cerner pour un non-initié.

D’ailleurs, en tant que Délégué régional, c’est difficile d’expliquer le lobbying que l’on peut faire pour chaque chef d’entreprise. Parce que forcément chaque entreprise est différente et entre les entreprises d’un même syndicat, il peut y avoir des intérêts contraires. Donc parfois c’est délicat de faire du lobbying sur un sujet, sachant que cela va plaire ou déplaire selon les interlocuteurs à l’intérieur même de notre organisation ! Je me souviens d’un dossier pour lequel il fallait se battre contre un dumping chinois. Il nous semblait évident qu’il fallait le faire… Sauf que, dans le même temps, nous avions des adhérents qui faisaient fabriquer en Chine et qui importaient… et de taille beaucoup plus importante que tous les autres… Donc, cela peut être compliqué à gérer. D’autant plus que le lobbying ne porte toujours ses fruits qu’à moyen et long terme, et qu’il est parfois difficile de décrire aux adhérents une action dont les résultats ne seront là que dans… longtemps. Ou jamais, peut-être, car nos adversaires font eux aussi du lobbying contre nos propres intérêts ! Cet investissement temps/argent sans résultat à court terme peut sembler inutile à nos adhérents. Pourtant, il faut se battre sur tous les sujets, même sans être certain du résultat.

En tout cas, cela semble particulièrement enrichissant : la multitude des activités fait partie de l’intérêt de ce poste.

C’est certain, on ne peut jamais s’ennuyer ! Et, en plus, il y a l’aspect humain. Les chefs d’entreprises ne vous parleront de leurs préoccupations que s’ils vous font confiance. Donc, il faut aller dans les entreprises de façon très humble et s’adapter à chaque dirigeant rencontré. Si vous êtes déléguée régionale d’un syndicat d’experts comptables, vous n’irez pas en étant habillé de la même façon que si vous allez voir un fabricant. Surtout, si c’est un petit fabricant en pleine campagne. De la même façon, vous ne vous habillez pas à l’identique, si vous allez rencontrer le patron d’une entreprise importante. Il faut s’adapter. Et il faut séduire et rassurer le chef d’entreprise à tout moment. Et ce qu’il vous dit, c’est l’humain que vous en tirez. Après, il y a les outils et la partie technique de nos métiers.

Vous avez parlé du côté humble, de l’écoute… quelles sont les qualités pour faire ce type de métier, pour travailler en organisation professionnelle ?

Je ne sais pas si je suis une bonne juge, mais avec l’expérience et le résultat des relations développées au long de ces années, cela doit assez bien fonctionner ! Pour le côté humain, les qualités primordiales sont l’écoute, la capacité de se mettre « à la place » du chef d’entreprise, de la compassion et puis beaucoup d’adaptabilité. Ensuite, pour les qualités techniques, il faut être organisé pour répondre à chaque demande. Il y a beaucoup plus de demandes qu’il n’y a de temps pour répondre, il faut donc organiser son temps et gérer les priorités. Ensuite, techniquement, il faut connaître son domaine d’activité, mais à force de faire des recherches et d’utiliser les outils à notre disposition, on les maîtrise de mieux en mieux.

Et puis, il y a le côté dont on ne parle jamais assez, à savoir le réseau. Parce qu’il faut savoir passer du temps dans les différentes réunions professionnelles, y compris après nos journées de travail et y compris dans les cocktails, pour rencontrer la personne qui saura être utile à un adhérent. Peut-être dans 6 mois, peut-être dans 6 ans. Mais que vous serez bien content de retrouver quand il le faudra.

A contrario, quelles attitudes pourraient faire échouer un candidat à un poste en association professionnelle ?

J’ai vu des personnalités qui n’ont pas tenu à cette fonction. Connaître les raisons exactes pour lesquelles ça n’a pas fonctionné… En général, ceux qui comptent leurs heures n’y ont pas leur place, car il faut être quand même « à disposition » des chefs d’entreprise et ce métier prend beaucoup de temps. Ceux que je connais qui n’ont pas tenu, c’est par manque de travail. Pas nécessairement en nombre d’heures passées, mais aussi beaucoup en organisation et en connaissance de « je sais où trouver rapidement l’information que cherchent les entreprises ». Comme dans tous les métiers, plus vous allez droit au but, mieux vous travaillez. Alors, dans nos organisations où nous gérons beaucoup de dossiers différents pour des professions très différenciées, c’est primordial ! En tout cas, pour nous qui sommes multitâches sur le terrain.

Du coup, on peut penser que le chef d’entreprise adhèrent de son OP est un individu exigeant ?

Cela dépend. Certains adhérents ne sont là que pour le juridico-social et pour l’information. Dans ce cas, c’est assez simple à les satisfaire : l’information arrive sur leurs ordinateurs et le juridico-social se passe au téléphone avec nos spécialistes à Paris.
D’autres estiment que la défense, le lobbying, passent par d’autres actions. Sont-ils plus « exigeants » ? En tout cas, ils demandent plus d’attention, ils vous appellent souvent, veulent plus de détails, etc.
Encore une fois, nous devons nous adapter à tous les cas de figure, c’est indispensable.

La capacité à réseauter tient une place importante ?

Tout à fait. Et il y a un aspect majeur, c’est que, forcément, nous organisons des rencontres, nous fonctionnons en « clubs », plus ou moins formels, en regroupements d’entreprises pour traiter de sujets importants pour leurs dirigeants. Il faut donc animer ces rencontres, pour créer les ambiances qui vont leur permettre de faire connaissance, d’échanger afin qu’ils se fassent confiance et -pourquoi pas- permettre de construire des partenariats formels.

Il y a le côté « création d’ambiance » qui n’est pas négligeable et qui peut permettre -ou pas- qu’un groupe vive et prospère ou, au contraire, qu’il s’arrête.

Effectivement, à titre professionnel ou privé, si vous ne créez une atmosphère favorable à la bonne vie d’un groupe, il périclitera. Même s’il est composé de personnalités intéressantes. En même temps, ces chefs d’entreprise sont tous un peu concurrents. Vous parvenez à les faire s’entendre ?

Il faut reconnaître que ce n’est pas toujours évident. Lorsque je suis arrivée en 1997, nous avions surtout des adhérents qui faisaient des meubles meublants, avec encore une mentalité de « Ne viens pas chez moi voir ce que je fabrique, car tu pourrais me copier ! ». Cette vision a changé, Dieu merci, car tout est tellement facilement copiable… Et il y a des métiers qui sont beaucoup plus ouverts aux autres. Comme, par exemple, les agenceurs.

En même temps, il est vrai qu’ils collaborent d’autant plus facilement que la situation économique est bonne, qu’il y a beaucoup de travail pour tout le monde et qu’ils ne savent pas où donner de la tête ! Quand c’est plus difficile, dans les périodes où il faut se battre pour avoir des commandes, c’est déjà beaucoup plus compliqué… D’où l’intérêt, en tout cas pour les agenceurs, de leur permettre de communiquer dans un cadre national et pas uniquement régional ! Même si, bien sûr, ils peuvent se retrouver sur les mêmes appels d’offres quelque part en France !

Nous arrivons à la fin de notre entretien. Avez-vous un exemple de dossier terrain que vous avez concrètement vécu ?

Le crédit d’impôt « métiers d’art » est un bon exemple. L’UNIFA et nos Présidents de l’époque ont fait beaucoup de lobbying pour l’obtenir et pour que ce soit adapté à nos entreprises. Pour l’avoir, il faut faire bien sûr faire des créations avec beaucoup de développement. Un certain nombre d’adhérents en ont fait la demande.
Pour le secteur de l’Agencement, quasiment tous les agenceurs qui ont fait la demande ont obtenu leur crédit d’impôt… et ont quasiment tous eu un contrôle fiscal, qui en a conduit beaucoup à rembourser le financement obtenu. Le souci, c’est qu’entre deux entreprises identiques, mais situées dans des lieux différents avec des inspecteurs différents, l’une va avoir le crédit d’impôt, le contrôle fiscal et va pouvoir garder l’argent, alors que l’autre va devoir rembourser cet argent. Lorsque la somme a déjà été investie en recherches et conception, c’est totalement injuste, voire dangereux pour la santé financière de l’entreprise !
J’ai donc, par exemple, assisté un agenceur qui avait utilisé un Cabinet pour monter ce dossier et à qui le fisc a demandé le remboursement. Nous avons donc parcouru tout le circuit administratif en produisant bien sûr des dossiers argumentés, depuis l’inspecteur jusqu’à l’inspecteur général en passant par l’inspecteur divisionnaire régional. Finalement, les services fiscaux ont déclaré à mon adhérent qu’ils faisaient foi à la presque totalité de sa demande et qu’ils allaient étudier avec nous la correction à apporter.

Ce type de dossier peut parfois durer longtemps, et il n’y a pas toujours d’issue favorable. Mais cela vaut le coup de se battre.

En entendant cet exemple, et d’autres que vous m’avez décrits en off, les dirigeants d’entreprises qui n’adhérent pas à une organisation professionnelle peuvent se sentir très seuls.

De toute façon, un dirigeant est seul, même lorsqu’il fait partie d’un syndicat patronal ! Alors, quand il est sans ce réseau, cela doit être très compliqué. Donc, la cotisation à une organisation est un investissement qui peut être largement amorti quand l’entreprise a envie d’utiliser les services proposés. D’autant que le jour où vous avez un souci, si vous demandez commencer à appeler un avocat, par exemple, cela va vous couter plus cher que le montant de la cotisation !

Et puis, bien sûr, il y a le sourire de la Déléguée régionale, et cela, ça n’a pas de prix !

J’en suis le témoin.
Merci Catherine !

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