Bruce AIGLEHOUX, Délégué général de Fedairsport, Fédération des Acteurs des équipements de Sports et de loisirs

Bruce AIGLEHOUX, bonjour.CMJN de base
Vous êtes le nouveau Délégué général de Fedairsport, Fédération des Acteurs des équipements de Sports et de loisirs. Qui êtes-vous et quelle est cette Fédération ?

Après une école de commerce parisienne, j’ai passé un MBA au Canada où je suis resté 8 ans. J’ai d’abord travaillé en entreprise et j’étais dans un syndicat professionnel du transport avant de reprendre Fedairsport, il y a 7 mois. Cette organisation rassemble la filière entière des infrastructures de sports et de loisirs, avec d’un côté les collectivités locales et donneurs d’ordres avec plus de 80% des terrains en France, et de l’autre côté les entreprises qui pensent les programmes (architectes, AMO (N.D.R. : assistant à maîtrise d’ouvrage), programmistes), celles qui réalisent (industriels) et celles qui entretiennent et celles qui recyclent (gazon, sols divers, etc.). Et autour de cela gravitent une quarantaine de fédérations professionnelles, l’AFNOR et trois ministères, Sports, économie et Santé.

Il y a une suite particulière dans votre parcours ou des opportunités saisies ?

Ce sont des opportunités. J’ai travaillé quelques années à Paris dans le marketing et le commercial ; réflexion marketing et stratégique plus que marketing opérationnel. Avec une volonté d’avancer et de réaliser. Et puis je suis parti au Québec, pour me révéler et avancer sur des projets que l’on m’a proposés là-bas. Au retour du Canada, j’ai trouvé une France changée. On m’a beaucoup demandé pourquoi j’étais revenu : j’avais besoin de retrouver des racines.

Alors que j’étais au départ entrepreneur et consultant, j’ai trouvé que c’était un peu chaotique pour une vie de famille stable et j’ai saisi opportunité qui m’a permis de rentrer chez TLF (N.D.R. : Union des Entreprises de Transport et de Logistique de France) avec 3 casquettes : Délégué régional Île-de-France et Centre, Secrétaire général Location de véhicules industriels (LVI) et Secrétaire général de l’Union française du levage (N.D.R. : qui s’est rapprochée depuis de DLR, voir l’interview d’Hervé REBOLLO). Après 2 ans à batailler et à arpenter les couloirs et les régions de France pour ces 3 fonctions, je me suis un peu essoufflé, car les projets n’avançaient pas. Je suis membre du Centre d’étude des directeurs d’associations professionnelles (CEDAP) qui m’a fait part d’une opportunité à Fedairsport. J’avoue être passé un peu « sur le côté » dans ce recrutement, car la Fédération avait engagé un Cabinet de recrutement qui avait présélectionné 3 candidats. Avec un peu de forcing, j’ai rencontré ceux qui s’occupaient de ce recrutement et je les ai convaincus de m’embaucher.

Intégrer TLF, c’était également par opportunité ou via un recruteur ?

Par relation face à une opportunité. Fonctionner comme cela, c’est mon background nord-américain ou ma façon de faire personnelle ? Je privilégie le tissu relationnel, le networking, le réseau social. Mais je pense que la France fonctionne selon le même système. Pour TLF, c’est par relation et opportunité, forcément. Ce n’est pas une personne qui m’a placé ; ils avaient un besoin, j’ai postulé comme d’autres et j’ai été retenu. Mais une relation a fait que c’est moi qu’ils ont choisi.

Au Canada, vous avez eu des contacts avec le monde patronal, sa représentation professionnelle ?

Non, mais à mon sens il n’y a pas la même organisation. Le poids, la volonté ne sont pas les mêmes. L’Amérique du Nord est très connue pour son pragmatisme ; patrons, salariés et syndicats vont travailler dans le même sens. Les pouvoirs publics vont travailler et s’assurer que les projets se font. Il y a un budget, un but, on veut investir s’il y a un rendement derrière. Contrairement en France, où ce n’est pas la même logique… En Amérique du Nord, vous voyez la volonté de faire aboutir des projets qui ont un sens, qui ont un ROI ; c’est important de faire avancer les choses. Je n’étais pas en lien avec les syndicats là-bas ; mais côté patronal, j’étais dans différents réseaux. Et je n’ai pas vu de confrontation en tant que telle avec les syndicats ni avec l’État. La relation est beaucoup plus simple. D’ailleurs, j’ai retrouvé ce même esprit en Belgique. Dans le transport exceptionnel (UFL), nous avons eu de gros dossiers à gérer en France, très difficiles, très administratifs ; en face, si nos homologues belges étaient bloqués, ils géraient cela avec le Cabinet du Ministre qui se dépêchait de trouver une solution, car les entreprises étaient en jeu.

Du coup, avec votre expérience nord-américaine, le relationnel politico-économique français n’est pas trop difficile ?

Ce n’est pas plus dur, mais c’est plus restreint ! J’essaye de trouver une ouverture européenne pour Fedairsport. Nous n’avons pas d’homologue en Europe continentale. Il y en a un en Angleterre, la SAPCA (Sports and Play Construction Association). Après, il existe en Europe des organismes qui œuvrent dans le sens du sport, des infrastructures et de leur développement, mais qui n’ont pas de représentants en France. J’aimerais les intégrer à Fedairsport ou être leur représentant exclusif en France. Il faut un développement européen global pour que les infrastructures soient connues et reconnues. De façon assez classique, il existe deux savoir-faire dans les terrains de sport : l’anglais, que l’on connait par exemple sur le stade du Paris Saint-Germain, et le français, différent, mais excellent. Pour la petite histoire, si un Anglais entretient le gazon du club parisien, c’est un Français qui entretient les gazons anglais !

Par ailleurs, s’il y a des constructeurs de matériels français dans notre domaine, il y en a aussi en Allemagne, en Italie… Il y a donc aussi des rapprochements à faire dans ce secteur-là. Et pas seulement économique ou business.

Vous êtes relativement récent dans ce monde des OP : avec TLF, cela fait environ 3 ans d’activité. Que donne votre premier recul sur ce milieu, en comparaison de votre expérience en entreprise ?

Tout d’abord, mon expérience de l’entreprise, c’est aller vite, avoir un but, s’assurer que les affaires soient conclues rapidement, avec de l’argent réalisé au bout. Mon expérience de l’Amérique du Nord, c’est le pragmatisme, les avancées, la rapidité d’action. Donc, parfois, je suis surpris. Pas sur le fond, car c’est le principe des syndicats de salariés, non pas de bloquer, mais de faire avancer des points qui vont dans l’unique sens des salariés. Dans le transport, j’étais parfois choqué de voir des syndicalistes qui monopolisent la parole pendant 2h45 sur des réunions de 3 heures pour parler de sujets qui ne concernent pas ladite réunion. C’était de la perte de temps : inutile ! Encore une fois, en Amérique du Nord, en entreprise, on aime avancer. Et c’est ce que j’aime aussi.

Et c’est ce que j’apprécie aussi dans le milieu du sport : il y a des aspects politiques, de lobbying, mais la filière veut avancer et elle est mure pour cela. Surtout avec les échéances qui arrivent : Euro 2016, Ryder cup de golf 2018, Coupe du monde de rugby 2023, JO Paris 2024… C’est un moment opportun. Nous sommes présents aussi au comité interministériel de pilotage de la filière de l’économie du sport. Cette filière veut avancer, elle est mûre pour cela et c’est le bon moment pour y être. Je suis donc très content d’arriver maintenant à ce poste.

Pour revenir à votre question, j’ai effectivement presque 3 ans de recul sur les OP. Je retrouve le fonctionnement que j’avais déjà approché auparavant en étant en entreprise. Je ne suis pas surpris, j’ai juste envie que cela bouge un peu plus. La France est un beau pays, qui fait beaucoup de choses. Mais il faudrait une réelle volonté gouvernementale de simplification. Et dans les faits, je ne la vois pas ou trop rarement. Les pouvoirs publics devraient s’inspirer beaucoup plus du monde de l’entreprise pour aller de l’avant, plus vite. Par exemple, notre secteur est en relation avec le Centre National pour le Développement du Sport (CNDS) qui saupoudre quelques centaines de milliers d’euros sur tel ou tel équipement sportif, alors qu’il en faudrait réellement 2 ou 3 millions pour être opérationnel. Du coup, nous sommes en train de mettre en place un fonds de concours, en relation bien sûr avec les pouvoirs publics, qui va par exemple donner un taux bonifié pour faire sortir de terre les équipements sportifs qui sont réellement utiles. J’ai vu hier un article dans une revue sur les terrains sportifs : un très bel ensemble piscine et équipement aquatique sort dans la Creuse avec 600.000 € du CNDS. Je suis content pour la Creuse, pour les habitants et le Maire de la commune concernée, mais je ne suis pas certain que ces 600 K€ soient investis de façon optimale alors que d’autres terrains ont besoin de rénovation.

Puisque vous parlez des sites sportifs, quel est le niveau d’équipement français dans ce domaine ?

Le pays est assez bien équipé. Il y a eu des plans en ce sens dans les années 80 et 90, avec un schéma directeur avec 1 ou 2 types d’équipements qui étaient ensuite répliqués en plus grand nombre. Donc, en nombre, la France est bien équipée. Mais depuis cette époque, la population a changé qui quitte un peu les grandes villes vers des zones moins denses, le côté loisirs est plus important, le côté famille est plus important, les envies des utilisateurs ont évolué. Maintenant, dans les piscines, il faut que le matin et le soir il y ait des clubs, les scolaires au milieu et que les familles y trouvent leur compte quand elles veulent amener leurs enfants ou que les individuels puissent nager la journée ou le weekend. Donc, il faut des piscines plus ludiques, plus ouvertes, avec des horaires. Je salue d’ailleurs au passage la Mairie de Paris qui permet maintenant d’ouvrir plus tard les lieux sportifs, parfois jusque 22 ou 23 heures, point important pour tous ceux qui travaillent tard. Il faut donc des équipements bien pensés en amont, y compris en termes de développement durable. Nous avons créé une commission Recyclage & Valorisation et la toute 1re question posée a concerné l’écoconception. Beaucoup de villes veulent changer leurs terrains synthétiques qui arrivent en fin de vie ; qu’en fait-on ? Jusque-là, soit ils partaient aux Pays-Bas pour réutilisation ou recyclage ou bien ils étaient dumpés dans un lieu sauvage et cela créait une décharge à ciel ouvert. Les Hollandais n’en veulent plus, la décharge sauvage est à rejeter, il faut donc sensibiliser les pouvoirs publics sur ce dossier. Ensuite, quelle est la responsabilité des villes dans l’élimination, puisque l’aménageur qui va installer le nouveau terrain n’est pas responsable de l’élimination de l’ancien : c’est la ville, propriétaire et dernier utilisateur qui doit s’en charger. Mais dans quelles conditions ?

Fedairsport organisera en novembre 2016 un colloque à Marseille, ville emblématique puisque l’on y trouve 23 piscines : des anciennes, des nouvelles, certaines très éloignées, d’autres très belles, mais inexploitées ou inexploitables financièrement ; il y a donc des actions réfléchies à mener. Prenons l’exemple d’Issy-les-Moulineaux : la ville va créer un nouveau parc municipal des sports, quatre fois plus grand que l’ancien et qui va couter deux fois moins cher à l’exploitation.

Jusqu’à présent les pouvoirs publics, puisque 80 % des équipements sont publics, ne pensaient qu’à l’investissement, cf. le CNDS et ses subventions saupoudrées. Ensuite, très souvent, trop souvent malheureusement, les villes ne vont pas avoir les moyens de les entretenir, ce qui va entrainer une dépréciation rapide de l’équipement sportif qui durera 5 ans au lieu de 10. Je reviens donc au fonds de concours que nous créons : nous ciblons les bons équipements, avec une qualité environnementale intéressante, qui va durer dans le temps, avec une étude de marché faite en amont pour savoir si le trafic visiteurs va être suffisant pour financer l’entretien. Et puis, bien sûr, a-t-on réellement besoin de cet équipement à cet endroit-là ? Il y a eu trop des guerres de clochers entre des mairies avec des concurrences et des réalisations d’équipements inutiles.

On peut estimer qu’en démocratie, chaque municipalité agit comme elle le désire. Face aux exemples que vous citez quel est le rôle concret de Fedairsport ?

Nous sommes une association loi de 1901, donc neutre et nous sommes là pour faire avancer toute la filière, pour nous assurer que les équipements soient de la meilleure qualité possible et qu’ils soient utilisés au mieux par tous les publics. Nous avons donc des experts qui pensent les équipements en amont, que les normes soient bien faites afin d’avancer dans le bon sens. Et nous sommes une plateforme d’échanges, d’innovation, de recherche, de tests et puis de documentation. Beaucoup de villes viennent d’ailleurs rechercher à Fedairsport l’information dont elles ont besoin, y compris pour la réalisation d’équipements destinés à des équipes sportives professionnelles qui sont très exigeantes sur la qualité. Sur Paris, le PSG en est un très bon exemple : on ne fait que jouer au Parc ; il n’y a pas d’entrainement sur ce terrain, il n’y a que l’échauffement et encore, le minimum ; dès la mi-temps, on l’arrose et on le tond et on recommence dès la fin du match pour s’assurer que le terrain vive et continue à vivre. Bien sûr, tout le monde n’a pas les moyens du Parc où c’est l’extrême, mais d’autres terrains de ligue 1 ou de Top 14 sont très bien entretenus. Par ailleurs, j’ai rencontré le Directeur des sports de Chambéry qui a trois clubs sur le même terrain : deux de foot et un de rugby ; il doit gérer un changement de catégorie et pour savoir comment organiser tout cela, Fedairsport peut l’accompagner dans les décisions à prendre. D’où l’importance d’accueillir chez nous à la fois les collectivités locales, les entreprises qui peuvent répondre aux questions techniques et les fédérations sportives dont certaines font étudier leurs règlements fédéraux par Fedairsport. De même, nous collaborons avec l’AFNOR pour l’étude des normes avant leur passage en commission publique.

Vous n’êtes pas en concurrence avec les cabinets d’études ?

Non, et nous aimerions être sollicités plus souvent. Fedairsport est connu et reconnu, mais pas encore suffisamment utilisé, d’où mon arrivée à ce poste de DG. Et je boucle sur une question précédente : si je n’ai que 3 ans en organisation professionnelle, j’ai aussi une vingtaine d’années d’expérience en gestion d’équipes et en réalisations de contrats et d’objectifs.

La volonté est que nous soyons plus au cœur de la filière qu’avant mon arrivée, que nous soyons reconnus pour notre expertise, que nous nous développions et qu’il n’y ait plus d’équipements qui soient mal conçus et mal construits. Et nous voulons vraiment intégrer toute la filière avec, par exemple, l’importante question de l’éclairage et de l’utilisation des LED, nous avons créé un club qui accueille 25 fédérations et ligues professionnelles pour des échanges au niveau des équipements, de l’organisation, etc., un club de l’entretien, autre sujet important, a été créé pour travailler sur les machines qui assurent ces opérations. Au total, nous développons beaucoup le réseau Fedairsport.

Que ce soit précédemment à TLF et maintenant à Fedairsport qui est beaucoup lié aux équipements sportifs et aux collectivités partout en France, votre fonction nécessite de nombreux déplacements ?

Oui. Et surtout, surtout, quand on veut développer l’activité. J’ai un peu plus de 100 rendez-vous posés en 4 mois, avec des correspondants que j’ai rencontrés au moins une fois pour faire connaître et reconnaître Fedairsport, sans compter les partenariats en cours ou à développer. Le mois dernier, lors de notre Congrès, un participant m’a dit que je devais avoir une présence à 360° au sein de ma Fédération, car je dois connaître tous ces métiers, les différents ministères, les différentes Fédérations, tous les adhérents et partenaires pour qu’ils échangent et travaillent ensemble. Lors d’une journée de cette semaine, je commence par un colloque sur les gazons au Golf national Saint-Quentin-en-Yvelines avec les Fédérations françaises de golf, de football et de rugby, j’enchaine avec l’anniversaire d’un architecte qui se trouve au nord de Paris, car ces cabinets commencent à bien intégrer Fedairsport, je poursuis par une réunion au bureau à Paris, ensuite je rencontre des adhérents et je termine en allant au cabinet d’architecture Chabanne, qui travaille beaucoup dans notre secteur et qui a des projets à nous présenter, pour voir comment avancer et le faire adhérer. Après cela, il devrait être 17 ou 18 heures et je « commencerai » mon travail administratif, de mails et finir d’organiser la journée suivante et le conseil d’administration de la semaine suivante.

Si une expérience anglo-saxonne n’est pas une condition nécessaire pour diriger une OP, on comprend bien qu’il ne faut pas être adepte d’une fonction en mono activité…

Je pense que la plupart des DG et SG que je connais sont multi tâches et sont les couteaux suisses de leur fédération, de leur association professionnelle. Il faut savoir manager, définir, mettre en œuvre et atteindre les objectifs, avoir un côté social, un côté RH, on doit suivre les cotisations, les recettes financières, les budgets et la comptabilité, on doit avoir un côté politique dans le sens où nous devons faire le lien entre les entreprises, l’association qui avance à un autre rythme, les ministères qui avancent selon leurs propres agendas et tous les organismes qui gravitent autour de toutes les fédérations, il faut donc être multi activités et sur des registres de temps différents. Je ne connais pas beaucoup de DG de notre secteur qui aient des horaires fixes et « normaux ». Mais la grande force d’un DG, c’est de savoir s’organiser et de répondre aux besoins quand ils se font sentir. C’est donc dans l’adaptabilité et avec une organisation sans faille que le DG va pouvoir s’exprimer pour faire avancer son association, sa fédération.

Je vais conserver l’image du couteau suisse qui regarde à 360°… Voilà une très bonne définition des fonctions de Délégué général et de Secrétaire général.
Merci Bruce et tous nos vœux pour ces nouvelles missions !

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