Santhi VÉLOUPOULÉ, Déléguée générale de la CGPME Réunion

cgpme-reunion-adrSanthi VÉLOUPOULÉ, bonjour.
Vous êtes Déléguée générale d’une
Union régionale de la Confédération générale des TPE PME, et pourtant vous vous trouvez à près de 9.400 km du Siège de la CGPME en région parisienne. Où sommes-nous ?

Effectivement, il s’agit de l’île de La Réunion, département et région françaises dans l’Océan Indien. C’est également une région ultrapériphérique de l’Union Européenne (RUP). Même si, de mon point de vue, nous sommes l’extension de la France et non « très en marge » comme l’évoque le terme « ultrapériphérique ». Cette appellation change tout, vous ne trouvez pas ?

Mon travail est de relayer localement les positions de la CGPME nationale en les adaptant au contexte réunionnais, avec nos particularités. Nous encourageons les dirigeants à rompre leur isolement au quotidien, en proposant une offre d’accompagnement sous forme de permanences mensuelles assurées par des experts en RH, juridique, prud’hommes, comptable, notarial… À force de gérer leur administratif, ils ne peuvent plus exercer leur cœur de métier, qui est leur passion, la raison pour laquelle ils ont décidé d’entreprendre. C’est parfois dur moralement et nous leur proposons une cinquantaine d’événements conviviaux, pour qu’ils se rencontrent, qu’ils lèvent la tête du guidon, mais aussi pour qu’ils continuent d’apprendre. Dernièrement, nous avons fait intervenir un expert d’HEC Montréal qui leur a exposé comment réussir aujourd’hui sa création d’entreprise sans business plan. Vaste programme !

Nous allons revenir sur ces points. Mais auparavant, quel est le parcours qui vous a récemment conduit à la direction de la CGPME Réunion ?

J’ai eu un parcours un peu atypique, puisque, après un bac S et une formation littéraire en khâgne, j’ai intégré une école de commerce. J’étais partagée entre l’envie de transmettre par l’enseignement et la curiosité de connaitre la vie en entreprise.

En fait, j’ai un double cursus, marketing/ finance et philosophie politique. L’idée était de concilier littérature et commerce, car pour moi ils ne sont pas antithétiques, bien au contraire. J’ai poursuivi de front ces 2 formations, puis j’ai intégré en 2009 la banque d’investissement de la Société Générale au moment de l’affaire KERVIEL, car je faisais alors un mémoire d’études sur les groupes du CAC 40 en crise. J’ai passé un an à communiquer en cellule de crise dans le cadre de cette affaire. Je suis ensuite partie 2 ans à New York, toujours pour la Société Générale. Ce fut une expérience professionnelle formidable et l’occasion de parcourir le continent américain du Canada au Costa Rica. J’ai adoré autant voyager ! Je suis ensuite revenue à Paris, après une excellente formation puisque ce type de groupe bancaire prépare au meilleur comme au pire.

Je me sentais un peu en décalage avec la culture d’entreprise et j’avais envie de proximité. Alors j’ai décidé d’être plus en accord avec mes convictions en intégrant une ONG scientifique, le Centre sismologique Euro-Méditerranéen. J’ai travaillé sur de nombreux projets européens en zone sismique, Italie, Grèce, Turquie, et sur des projets de levée de fonds pour pérenniser financièrement l’organisation. J’y ai également géré les partenariats et relations presse.

J’ai ensuite été amenée à rencontrer Renaud BURONFOSSE, le Délégué général du CISMA. Il m’a fait confiance et j’ai intégré le CISMA comme responsable de communication et des relations institutionnelles où je l’ai secondé sur ces dossiers. Je me suis réellement épanouie dans cette structure. J’ai beaucoup appris sur moi même, j’ai développé des aptitudes, de nouvelles compétences. Je ne sais pas s’il s’en rend compte, mais Renaud m’a fait grandir dans mes fonctions. C’est une équipe de collaborateurs soudés, avec des centres d’intérêt complètement différents mais il y règne une atmosphère d’équilibre. Il y a surtout un grand respect et une convivialité qui vous donnent envie d’aller bosser le matin. En fait, tout le monde est bien dans ses baskets !
J’ai eu la chance de collaborer avec des adhérents, dirigeants et entrepreneurs, des femmes et des hommes passionnés et généreux dans leurs relations. J’ai pris plaisir à écouter leurs problématiques, à construire des contenus qui racontent l’histoire de leurs sociétés, de leurs familles parfois, de leurs produits, de leurs succès et des raisons de leurs échecs. Il y avait une grande humanité et de la simplicité dans les relations : c’est capital. J’entretenais aussi une vraie relation avec les journalistes qui, pour beaucoup, sont devenus des amis.

Fin 2015, j’ai rencontré le Président de la CGPME Réunion. Comme lui, je suis réunionnaise et très attachée à mon île que j’ai quittée jeune. J’avais envie de rentrer partager ce que j’avais eu le privilège de voir et d’expérimenter ailleurs. La Réunion est à l’aune d’une transition vers un nouveau modèle de développement et je ne voulais pas manquer cela. Il y a vraiment une prise de conscience que chaque acteur économique a les clés en main pour créer de la valeur sur son territoire, basé sur l’ancrage territorial de ses flux d’activité. Chacun a son rôle à jouer : l’entreprise, les acteurs publics, les consommateurs. La notion de responsabilité est forte vis-à-vis de l’économie locale.
On m’a donc proposé de créer ce poste de Déléguée générale de la CGPME Réunion. Nous comptons 430 adhérents et 20 syndicats affiliés, donc en vérité beaucoup plus d’adhérents que les seules adhésions directes. Et c’est un défi énorme pour moi. En fait, j’avais envie de rentrer un jour à La Réunion, mais je ne voyais pas nécessairement cela dans cette temporalité. Pourtant j’ai trouvé que l’importance du challenge correspondait aussi à mon besoin de contribuer à enrichir l’économie de mon île.

Il est clair que j’ai eu beaucoup de mal à quitter Renaud BURONFOSSE et le CISMA, car j’avais une complicité très forte avec lui et nous avions des projets en cours. Mais, fidèle à lui-même, il a tout à fait compris ma décision et la transition s’est effectuée en douceur. Je suis donc en poste à la CGPME Réunion depuis fin février 2016. Et c’est très sportif.

Lors des Worldskills, les Olympiades des métiers manuels, j’ai eu l’occasion de discuter avec des représentants des départements et régions d’outre-mer (DROM), dont des réunionnais. Ils m’ont expliqué à quel point il était difficile de faire les études que l’on désirait dans leur île. Et qu’en règle générale ils étaient obligés de venir en métropole pour étudier et ensuite seulement de retourner dans les DROM, cela a été votre cas ?

Pour ce qui me concerne, en 2003 il n’existait pas à la Réunion le foisonnement universitaire d’aujourd’hui. Je voulais intégrer Normale Sup et je devais nécessairement m’expatrier. C’est une situation qui a bien changé puisque, maintenant, la prépa littéraire qui existe à Saint Denis est bien classée. C’est difficile lorsque que les cursus que l’on a envie de suivre n’existent pas où l’on vit. Pour moi c’était le cas, avec beaucoup de changements à devoir mettre en place très tôt, l’éloignement familial à gérer et une autonomie un peu prématurée. Partir à 17 ans, quitter le cocon familial pour aller faire ses études en métropole, cela forge aussi une personnalité.

Ce qui vous a aidé à partir travailler à New York ou à l’Ambassade de France à New Delhi ?

Effectivement, cette expérience en Inde a été sensationnelle et j’ai eu la chance d’avoir comme tuteur l’Ambassadeur lui-même, ce qui m’a vraiment propulsé dans des sphères que je n’aurais jamais connues sans lui, donc… oui… Je vais parler pour la Réunion, parce que je ne connais pas l’ADN des autres DROM, mais j’ai pu le constater en voyageant : j’ai toujours trouvé un réunionnais là où j’allais ! J’ai passé deux ans à New York au contact des salle de marchés. Et qui travaillait en face de moi ? Un réunionnais ! Et qui est d’ailleurs devenu l’un de mes meilleurs amis. On se dit qu’il y a quand même des hasards un peu troublants… à moins qu’il n’y ait pas de hasard ?! J’ai toujours, sans exception, vécu cela, que ce soit en Inde, en Écosse… J’ai toujours trouvé un réunionnais sur mon chemin. Je pense que c’est dans l’ADN de cette insularité. Alors, il y a un paradoxe fabuleux, on passe son temps à croire que, parce que l’on vient d’une île, on est enclavé, donc isolé, et pourtant les réunionnais sont partout dans le monde !

L’insularité, que l’on définirait facilement comme un repliement sur un petit territoire, aurait tendance au contraire à forcer à s’ouvrir ? En tout cas, pour les gens qui ont envie de bouger.

Tout à fait. Mais c’est une image que j’aime bien prendre parce que, même si c’est un cliché, c’est tellement vrai… Nous avons du mal à nous identifier à l’économie nationale, ou à ce qui se passe en métropole, nous sommes si loin… si loin. Géographiquement, nous ne sommes pas face aux mêmes problématiques. Néanmoins, nous restons ouverts au monde parce la Réunion est une fabuleuse terre de mélanges ethniques, de couleurs, de senteurs, une terre où les traditions sont encore vivantes, se perpétuent et coexistent avec le modernisme. Encore un paradoxe intéressant : ce petit territoire de 850.000 habitants regorge d’une mixité et d’une pluralité d’expériences qui en font un laboratoire vivant. Connaissez-vous un autre endroit sur Terre tel que celui-ci ? L’on ne se bat ni pour des frontières, ni pour des religions.

En fait, je suis passée par différentes phases. Plus jeune, il y a eu la période « La Réunion, c’est tout petit, il n’y a rien à faire », puis la phase « J’ai envie de m’expatrier dans un pays anglo-saxon parce que les libéraux ont tout compris et en France tout est fermé, tout est barricadé, aucune flexibilité pour le patron, c’est nul ». Actuellement, c’est plutôt le besoin de retour aux sources, avec un esprit d’appartenance que je sens très fort en moi. Je me dis que je suis allée me former à l’extérieur, que j’ai acquis des compétences et qu’il était important de revenir à la Réunion pour contribuer. Je conçois cela non comme une mission, mais comme une partie d’un cercle vertueux. A mon tour de donner envie aux plus jeunes de partir pour mieux revenir, pour plus forts, plus qualifiés.

Vous avez quitté le monde de la banque d’investissement pour une ONG, pour donner du sens, de la valeur. Ensuite, vous avez intégré des associations professionnelles pour gérer des projets collectifs. Je ressens beaucoup le côté humain dans cette évolution.

Vous avez raison. Sans renier pour autant ce que j’ai fait en banque d’investissement, qui fut une riche expérience. Pour revenir au Centre sismologique euro-méditerranéen, cette ONG était très intéressante parce que j’étais dans une petite équipe. Je dirais que j’ai fait preuve de proximité humaine dans mon métier, dans mon quotidien, nous étions dans un esprit startup.

Ensuite, j’ai vraiment découvert la richesse de l’interaction, de l’échange, en intégrant le CISMA. Lorsque les choses ont été stabilisées au CSEM, j’ai eu envie de retrouver le monde de l’entreprise. Mais pas dans une seule. Je voulais travailler avec différentes sociétés, plusieurs typologies de structures, plusieurs chefs d’entreprise. Et je me suis dit « pourquoi ne pas aller vers le monde du lobbying, cela conjugue mes différents souhaits ». Je ne connaissais pas le domaine de l’organisation professionnelle, ni du patronat. J’ai rencontré Renaud parce que mon profil l’a intéressé, mais sans vraiment savoir ce que faisait le CISMA. Et la décision s’est prise lorsque je l’ai rencontré… en vérité, je suis venue au CISMA parce que j’y ai vu une opportunité humaine. J’allais apprendre. J’ai d’abord vu le côté humain de Renaud avant de voir le job. Au fur et à mesure du temps où j’ai appréhendé le poste, je suis entré en parfaite adéquation entre mon souhait et les missions.

Concrètement, vous avez donc répondu à une annonce du CISMA. Comment, cela s’est-il passé ?

J’ai répondu par une lettre de motivation assez atypique… En fait non, ce n’était pas un courrier de motivation, c’était une lettre où je disais que j’avais envie de faire des choses différentes de ce que j’avais fait jusque-là.… Il existe toujours en France des chefs d’entreprise, des responsables, qui reconnaissent la singularité des profils. Il est faux de croire que pour réussir et pour évoluer, il faut se formater. J’ai longtemps cru ça en France et la vie m’a prouvé que ce n’était pas vrai, puisque je n’ai eu que des expériences singulières avec des mentors singuliers. Donc c’est possible, il faut y croire !

Vous vivez maintenant l’expérience d’une association professionnelle à la Réunion, après celle d’une organisation en métropole. Quelles sont les différences et/ou les ressemblances ?

Dans les ressemblances, je continue de mener ces trois missions principales de représentation, de défense et d’accompagnement décrites tout à l’heure, je m’inscris dans la continuité.

Les différences il y en a beaucoup. La première, c’est que je suis plus exposée qu’avant ! Ensuite, l’ADN de la CGPME, c’est la proximité envers les chefs d’entreprise de TPE et de PME, car ce sont essentiellement ces sociétés que nous représentons. Je travaillais avec des structures plus grosses en métropole. Au CISMA, j’étais sur des problématiques sectorielles alors que la CGPME est une organisation interprofessionnelle. Cela demande d’être capable de connaitre les actualités du commerce, de l’industrie, des services, de l’artisanat. Et les textes législatifs associés. Il faut être capable de discuter et de monter au créneau sur autant de sujets.

Une autre distinction, c’est que je monte plus souvent au créneau ! Nous interpellons régulièrement les acteurs publics qui ont des temps de consultation et d’opération différents du monde économique sur des décisions qui paralysent parfois nos entrepreneurs. Ce que je trouve intéressant, c’est que nous sommes écoutés, il faut savoir le reconnaître. C’est aussi parce que nous avons réussi à devenir plus lisibles et que la majorité de nos actions sont portées dans la conciliation et l’énergie positive liée à la volonté de créer du bien commun.

Je suis aussi moins dans le process et je gère plus dans la proximité, c’est agréable la plupart du temps. Vous rencontrez quelqu’un en 20 minutes de voiture, il n’y a pas besoin de lui faire un mail, on l’appelle. Il y a une relation humaine forte qui est en phase avec l’identité de notre organisation. Je suis donc en contact plus fréquemment avec les chefs d’entreprise que je ne l’étais en métropole. Et je pense vraiment que c’est inhérent à la géographie, parce que l’île est plus facile à parcourir…malgré toutes les difficultés de circulation de la route du littoral. J’adore d’ailleurs dire à tous ceux qui se posent la question de la nécessité d’une nouvelle route de venir passer quelques jours à la Réunion pour qu’ils se rendent compte de l’enfer que cela peut être. Les bouchons n’existent pas que sur le périphérique parisien !

En tous cas, j’essaye de préserver cette proximité qui est une valeur très forte pour moi. Je fais partie de cette génération qui est née avec les réseaux sociaux, et je privilégie autant que possible le contact humain. C’est aussi parce que je pense que rencontrer des gens reste la façon la plus efficace de comprendre son environnement, cerner les problématiques et pouvoir ensemble trouver des solutions.

Enfin, l’on est davantage en contact avec les institutionnels de l’île. Il est beaucoup plus fréquent de rencontrer le Préfet, le Président de la Chambre de métiers, de commerce, le Conseil régional, le Conseil général, etc. Il y a un maillage plus dense à la Réunion qu’en métropole. Politiques et économiques se rencontrent plus souvent, ici.

Et les relations sont-elles moins formelles qu’en métropole ?

Je n’en suis pas sûre. Il est certain que cela se passe différemment.  L’atmosphère n’est pas la même et les gens se connaissent ici plus rapidement. En termes de convivialité, on est amené à croiser les gens de manière fréquente, mais c’est à double tranchant, cela permet une fraternité -ou bien une opposition, c’est vrai dans les deux sens- qui peut s’affirmer plus vite ! Est-ce que c’est moins formel… ?

À la Réunion, du fait justement que tout circule plus vite et que l’on connaît les gens plus rapidement, leurs qualités mais aussi leurs défauts, certains ont tendance à mettre de la distance dans la relation, sans doute pour se protéger. C’est compréhensible. Dans les petits territoires, l’écosystème est moins segmenté et les acteurs sont vite repérés et mis en première ligne.

Vous nous avez dit que vous étiez davantage exposée comme Déléguée générale, et là, vous venez de parler de « mise en 1ère ligne ». La situation de gestion de crise que vous avez vécue à la Société Générale vous aide-t-elle à mieux gérer ces situations ?

Le rôle d’une déléguée générale est d’accompagner ses élus. À ce titre, ma fonction n’est pas d’être dans la lumière mais plutôt dans l’ombre. Vous savez, il y a des métiers qui demandent une grande part d’abnégation. Il ne s’agit pas de célébrer les succès, mais d’encaisser les échecs.

J’ai eu le privilège d’assister à une conférence de Matthieu RICARD à la Réunion sur l’altruisme et l’économie, sacré programme, et il disait cette chose très juste : si deux personnes s’étaient mises à se battre dans la salle, cela aurait été le sujet principal de la conversation en sortant. Par contre, le fait que personne ne se soit battu et que tout se soit bien passé est exempt de tout commentaire !

Il est sûr que la façon dont j’ai été formée en gestion de crise à la Société Générale m’ont donné des clés pour me comporter et pour communiquer dans des situations tendues… Il y a une certaine logique dans les parcours, je pense. Et je me sers toujours de certaines méthodes apprises alors.
Mais de toute façon, je pense qu’il faut toujours être très attentif et peser ce que l’on dit. Les mots sont source de maux.

Pour avoir également cette expérience de terrain, je trouve que plus l’on est proche du terrain, plus il faut faire attention à ses messages. Parce que, pas très loin, il y a la sensibilité des chefs d’entreprise que nous défendons.

Ma méthode, c’est de toujours me baser sur l’expérience. J’accompagne mes concepts par des exemples. Je suis toujours empirique dans mes propos. Il n’y a rien que je dise sans avoir de preuves à l’appui, parce que je trouve qu’un dirigeant doit s’ancrer dans les faits. Et c’est ce que j’apprécie beaucoup avec le Président de la CGPME réunionnaise, il étaye toujours ses propos d’exemples de terrain.

À ce propos, voilà une différence marquée entre le CISMA et la CGPME. Le CISMA est sectorisé et représente des fabricants de matériel de TP, de manutention, de métallurgie. À la CGPME Réunion, je représente l’ensemble des chefs d’entreprise de PME et TPE. Je peux me retrouver en face d’un boulanger, d’un industriel, d’un consultant, d’un commerçant… J’ai une vision beaucoup plus à 360°. De ce fait, la difficulté dans ce type de syndicat, c’est de représenter l’ensemble tout en tenant compte des spécificités. Parce que l’artisan n’a pas les mêmes besoins que l’industriel. Mais au final, les grands combats collectifs transcendent l’ensemble.

Par rapport aux Délégués généraux CGPME de la métropole, quels dossiers ou actions spécifique à la Réunion gérez-vous, qu’ils ne connaîtront jamais ?

Il y a par exemple les lois relatives à l’octroi de mer l’adaptation du droit UE aux RUP avec l’article 349. Nous avons aussi la loi LUREL, qui porte sur les problématiques d’importation. La récente loi sur l’Égalité Réelle. Et puis, bien sûr, la relation avec le Ministère des Outre-mer, d’autant que la Ministre, Erica BAREIGTS, est née à la Réunion.

C’est un peu tôt pour faire le bilan d’une vie, mais j’ai l’impression que vous n’êtes pas surprise de votre parcours, que vous y voyez une forme de logique.

C’est vrai, parce que j’ai l’impression d’avoir pratiqué dans mon parcours professionnel, si je dois prendre une image, une politique de l’entonnoir.

J’ai fait partie d’une entreprise privée, j’ai vu un monde à cheval entre le public et le privé, j’ai vu des filiales de grands groupes, des PME. Pratiqué l’esprit startup et, à l’autre extrême, l’esprit CAC 40. J’ai travaillé aux USA, en Inde, en Europe. Et finalement, j’ai choisi de militer pour l’économie des TPE-PME, gisement de prospérité économique en France et à la Réunion. Elles sont aussi l’outil idoine pour créer de la valeur localement, avec l’économie circulaire, les flux financiers locaux. Pour moi, définir une politique économique c’est aller voir où sont les leviers de création de richesse, définir les indicateurs qui permettent de dire qu’une entreprise fait prospérer son périmètre, crée des emplois. Et aujourd’hui, clairement, ils sont dans les TPE, dans les PME, parce qu’elles représentent plus de 95 % du tissu.

Donc, au global, je trouve une logique dans tout cela et je me sens cohérente.

Pour terminer notre entretien, vous avez publié dans LinkedIn un article sur Loïc Peyron. C’était à la Réunion ?

Non, c’était dans le cadre du CISMA. Loïc PEYRON est venu décrire les similitudes entre un navigateur et un chef d’entreprise. Comment il gère son bateau, comme un dirigeant tient la barre de sa société. Je suis sportive de compétition, et je pense que l’on est au sport c’est que l’on est à la vie et que c’est une école formidable. Le sport et l’entreprise incarnent les mêmes valeurs : l’esprit d’équipe, la collaboration, la solidarité, l’entraide, la force d’un mental, l’adaptation et puis la résilience. Pour moi, le sportif qui sait rebondir après un échec est comme le chef d’entreprise qui sait rebondir quand il rencontre des difficultés dans ses projets. Et le chef d’entreprise qui est capable de jouer collectif a compris que c’est un vecteur de succès.
La dernière conférence de presse du CISMA que j’ai gérée traitait d’ailleurs de la mutualisation, de la collaboration, du « chasser en meute » pour être plus compétitif en France.

Alors, c’est vrai qu’il y a cette dynamique actuellement autour de l’économie collaborative, comme si tout le monde découvrait d’un coup que partager, travailler ensemble, c’est génial. Alors que cela existe depuis toujours. Pour moi, l’économie, les comportements, sont cycliques. Nous sommes passés par une phase où l’on jouait collectif, puis -dans un contexte économique plus serein-tout le monde s’est dit qu’il voulait une part plus importante du « gâteau » en étant très individualiste. Eh bien, là, nous sommes dans un contexte économique plus contracté et nous nous rappelons que c’est bien de jouer collectif. La vertu de tout cela, c’est que nous migrons vers un nouveau modèle économique collaboratif parce que nous voyons la limite de l’individualisme. Il y a beaucoup de personnes qui rompent leur solitude, leurs peurs, leur sentiment d’être tout petit dans un monde trop grand, en allant sur Airbnb™, en faisant du covoiturage, en s’échangeant leurs maisons.

J’y vois, encore, un paradoxe. Y a plus de stop, y a du covoiturage. On ne dort plus chez des amis, on prend une chambre dans un Airbnb®. Maintenant tout se monnaie, mais a contrario, on partage davantage, on se détache un peu de son pré carré. Sa maison, sa voiture, deviennent des objets que l’on peut quitter, laisser, pour qu’un autre l’utilise…

Donc, pour revenir à Loïc PEYRON, je lui ai posé la question : « Vous n’arrêtez pas de dire que votre équipe est essentielle, mais la plupart de vos courses se font en solitaire. Pourquoi ? ». Il m’a expliqué qu’il y avait énormément de monde dans la préparation d’une course et que, sans ses équipes, il ne pourrait pas accomplir tous ces exploits.

Beaucoup de gens aujourd’hui, vont vers du coaching, font appel à des consultants pour redonner du sens à leur organisation. Ce mot « sens » est très à la mode. Je crois que la qualité principale du dirigeant sensible, c’est qu’il a accepté ses paradoxes. Parce que ce n’est pas facile d’être chef d’entreprise, je le vois tous les jours. Et ce n’est pas un métier que je saurais exercer… C’est pour cela que je préfère les accompagner. Je préfère être à leurs côtés plutôt qu’à leur place. Même si je gère la CGPME Réunion comme si c’était une entreprise.

Un dirigeant ne devrait jamais perdre de vue qu’il a certes un potentiel de leader, mais aussi qu’il existe par la force des gens qui le portent. On est chef d’entreprise parce que l’on sait tenir la barre, c’est comme ça. Et il faut s’assumer en tant que tel, comme capitaine du bateau. Mais il faut aussi reconnaître que, sans ses collaborateurs et sans les skippers, gagner la course est impossible ! C’est peut-être le vrai facteur clé de succès. L’enfer, ce n’est, pas toujours, les autres !

Pour terminer notre entretien, voilà une très bonne image sur l’indispensable relation aux autres, ce qui va bien avec le rôle des associations et des organisations professionnelles. Merci pour ce large échange !

Je vous en prie. J’ai apprécié votre capacité à rebondir sur mes réponses. J’apprécie d’autant plus que j’aurais aimé exercé le métier de journaliste dans une autre vie. D’ailleurs, Renaud m’avait parlé de votre blog. Il m’avait dit, « Il y a plein de choses super intéressantes ». Alors quand vous m’avez invité à y participer, je me suis dit « Ah, le monde est petit… ».

J’ignorais cette anecdote ! En tout cas, et je connais bien ce métier, vous avez une analyse très mature de vos nouvelles fonctions. Et pour terminer sur l’insularité, j’ai passé une partie de mon enfance en Nouvelle-Calédonie. Et je me suis bien retrouvé dans ce que vous nous avez décrit de la « pensée insulaire ».
Merci Santhi.

Merci à vous pour notre échange et pour cette expérience !

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Commentaires

Est-ce un manque d’humilité de laisser un message quand vous êtes cité à plusieurs reprises? Certainement mais j’ai, aussi, appris beaucoup de choses en lisant l’interview de Santhi. Je souhaite aux lecteurs de ce blog d’avoir le plaisir de rencontrer, voire de travailler, avec des personnes de cette qualité.

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