Amélie BLANCHARD, Déléguée Générale Adjointe de l’Alliance Internationale

Amélie BLANCHARD, bonjour.
Vous étiez, il y a peu de temps, Déléguée Générale Adjointe de l’Alliance Internationale. Quelle est cette organisation et quelles ont été vos missions ?

L’Alliance Internationale est l’association des anciens résidents de la Cité Internationale Universitaire de Paris (CIUP). La Cité Internationale est un campus dédié aux échanges internationaux qui accueille chaque année 12.000 étudiants, chercheurs, artistes, sportifs de haut niveau. C’est un milieu cosmopolite et l’Alliance est chargée d’entretenir ce lien fédérateur avec les résidents, avec toutes les générations de résidents qui sont passées par la Cité depuis sa création en 1925. L’association a été créée en 1948 et reconnue d’utilité publique en 1968. J’en ai été la Déléguée Générale Adjointe pendant 6 ans.

Pour parler de présentation, c’est assez drôle car sur 1884-1901.fr, vous dites que les permanents peuvent avoir de la difficulté à expliquer leur métier. Et c’est vrai que souvent en me présentant avec cette fonction, on me dit : « mais, concrètement, tu fais quoi ? ». Et là, je me retrouve à raconter toute une histoire : il faut que je parle du campus, de l’association et enfin que je parle de mes missions. Et l’un ne va pas sans l’autre, car c’est tout un contexte. Donc, finalement, de cette fonction, je préférais dire tout simplement que j’étais chef de projet évènementiel et culturel dans une association sur un campus international.

C’est la première fois que j’entends un DGA définir sa fonction de cette façon-là !

Oui, mais je pense que c’est plus clair. Déléguée Générale Adjointe, cela reste un terme générique, comme celui de Chargée de mission, poste pour lequel j’avais été embauchée au départ.

Mon activité s’est articulée autour de trois compétences :

Au-delà de la gestion des projets, il y avait l’articulation de toutes les activités de l’association et la supervision de l’activité de mon collègue, chargé de communication et webmaster.

Vous parlez de supervision et de collègue. Qui est l’équipe de permanents à l’Alliance ?

Nous étions deux à temps plein pour nous occuper de l’activité de la structure. La Déléguée Générale de l’association occupe une autre fonction sur le campus : elle est chargée de l’accueil des publics en mobilité, donc tout ce qui concerne les résidents et les chercheurs-étudiants, et elle est détachée à temps partiel à l’Alliance, sur 20 % de son temps.

Vous parliez de la difficulté à parfois faire comprendre votre activité. On voit bien la diversité des taches dans ce que vous décrivez.

Oui, complètement. D’autant plus que j’ai été 6 ans dans l’association. J’y suis arrivé comme Chargée de mission avec un rôle d’accueil en m’occupant de 2 services solidaires :

J’assistais la Déléguée Générale de l’époque qui était là à temps plein. Ensuite l’association a connu des mutations, cette Déléguée Générale est partie et je suis restée seule pendant un an en reprenant une partie de son activité. À l’arrivée de son successeur, j’ai encore élargi mon panel d’interventions en lançant de nouvelles activités. En fait, je suis arrivée à un moment où l’association était un peu en mode « start up » avec une nouvelle stratégie posée par la DG de l’époque. L’association avait 60 ans, mais elle démarrait un nouveau cycle en se professionnalisant, alors qu’elle était gérée bénévolement depuis sa création. Avec la deuxième Déléguée Générale, nous avons lancé beaucoup d’activités et mes missions se sont développées. Comme je ne pouvais pas tout assumer, un Chargé de communication-webmaster a été recruté pour administrer le site de l’association, notamment la base de données des anciens résidents qui est la pierre angulaire de l’association avec 60 ans de fonctionnement et des correspondants dans le monde entier. C’est également la gestion du site Internet et de la communication avec l’ensemble de notre réseau qui est à 80% à l’étranger, réparti sur les 5 continents.

Avant de parler de cette professionnalisation, parlons du financement. L’Alliance Internationale est sur fonds publics, semi-publics, privés…?

On va dire fonds « privés », puisque le gros de la subvention attribuée à l’association, à peu près 80 % de ses ressources, vient de la Cité Internationale. Mais l’origine des subventions de la Cité est une très bonne question. C’est notamment le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, mais il y a différents fonds publics qui participent directement aux ressources de la Cité. Parce que l’argent que la Fondation de la Cité retire de l’hébergement ne suffit pas à couvrir tous les frais qui y sont liés, comme les 500 salariés, l’orchestre, le théâtre, le nouveau Centre de valorisation du patrimoine, etc. Donc, on peut dire que l’Alliance vit à la fois sur fonds privés et publics. Les 20 % restant du budget proviennent  des cotisations, des dons et des bénéfices générés sur les services. Ceci étant quand même minime, il n’y a pas d’autonomie financière à ce jour.

Cette indépendance financière, c’est un objectif ?

C’est le but, oui, bien sûr. Même si on peut trouver normal que la Cité soutienne son association des Anciens, comme beaucoup de grandes écoles ou de grandes universités le font. Mais en France, ce n’est pas tellement le cas, au contraire des universités à l’étranger. La particularité de la Cité Internationale, c’est que ce n’est pas un lieu d’étude, mais un lieu de résidence. On est vraiment dans un format unique, particulier. À chaque conseil d’administration, dans lequel siège la Déléguée Générale de la Cité, en représentante du Président de la CIUP, il est demandé des efforts et de générer plus de ressources.

L’Alliance a refondu ses statuts encore cette année. Encore, parce que ce n’est pas la 1ère refonte que j’ai connue et en l’espace de 6 ans, c’est énorme ! En fait, elle a décidé de s’ouvrir aux résidents actuels de la Cité. Concrètement, cela donne la possibilité aux résidents, dès leur arrivée, de cotiser à l’association. Sachant que la cotisation actuelle est de 20 euros, et du fait qu’ils sont 12.000 chaque année, on peut imaginer quelles ressources cela donnerait ! Et puis, c’est aussi dans l’idée de la longévité de l’association : dans les années 50, la durée du séjour était en moyenne de 3 ans, et même jusqu’à 5 ans. Donc, les personnes qui ont vécu ici dans ces années-là, disent qu’elles y ont passé les plus belles années de leur vie, avec un temps de partage, un temps pour découvrir l’autre, qui est essentiel dans le lien qu’ils vont avoir avec la Cité. Aujourd’hui, les étudiants passent 6 mois à 1 an sur le campus. Donc, un peu en coup de vent, et le sentiment d’appartenance n’est plus le même. Bien sûr, il y a encore les doctorants qui y passent quelques années. Mais, forcément, avec un passage plus court, l’expérience de vie n’est pas la même, et les résidents ont moins de lien avec la Cité, et moins l’envie de garder ce lien ensuite. Et puis, l’émergence des réseaux sociaux favorise également cet éloignement : les résidents n’ont pas besoin de l’association des anciens pour garder le contact. Même si cela reste un cadre différent, car l’association propose des évènements, des rassemblements, qu’ils ne trouveront nulle part ailleurs. Mais c’est surtout la durée des séjours qui est impactante et l’association se doit d’être présente dès leur arrivée dans la Cité. En plus, cela donnera de la visibilité, car il est quand même difficile de faire connaître l’association. Comme partout. Aujourd’hui, tout le monde est saturé d’informations, donc l’Alliance est moins facilement perçue. Et malgré le web, la lettre d’information envoyée chaque semaine par la Cité, les affiches déposées dans les résidences, c’est difficile de capter l’attention. L’association est méconnue au moment du séjour et les séjours sont plus courts, ce qui attache moins les étudiants à ce lieu, cela pourrait donc aboutir à un réseau qui va en diminuant.

Même si, chaque année, l’annuaire augmente en nombre de contacts par le transfert des données de la Cité vers son association, bien sûr dans le respect de la confidentialité et des règles strictes de la CNIL, comment intéresser les gens ? Ce n’est pas lorsqu’ils seront repartis chez eux qu’il sera possible de le faire. Donc, le gros projet, et j’espère pour l’Alliance que cela se réalisera, c’est d’associer les résidents à l’association des anciens, dès leur séjour à la Cité.

Vous présentez là une évolution de fonctionnement majeure, et tout à l’heure vous avez parlé de professionnalisation. En France, quand on parle de professionnalisation dans le milieu associatif, il y a souvent des réactions négatives et un refus de principe. Comment voyez-vous cela ? Ceci fait-il partie d’une évolution importante des associations dans notre pays ?

Pour moi, la professionnalisation est essentielle. Tout simplement parce que le monde associatif est soumis aujourd’hui à des règles de bonne gouvernance. Et les salariés, les permanents, sont les seuls à pouvoir fournir une continuité dans l’activité de l’association, comme la tenue de la comptabilité générale, les rapports financiers… Les associations sont soumises à ces règles de bonne gouvernance et un bénévolat est quand même beaucoup plus volatile, ce qui est normal autrement cela devient une activité à temps plein. La professionnalisation, le salariat, est indispensable dans la bonne gestion de l’activité de l’association.

Réfléchir à des façons différentes supplémentaires de gagner de l’argent fait-il partie de la professionnalisation ? Autrement dit,  faut-il trouver d’autres modes de fonctionnement pour se développer, permettre à l’association de continuer son activité… ?

Oui complètement. Et trouver du financement, ce n’est pas pour embaucher plus, mais pour proposer plus d’activité aux résidents. Sans oublier bien sûr -c’est essentiel- qu’une association, ce n’est pas seulement une équipe salariée, très bien pour cadrer l’activité. Il faut savoir que peut-être 50 % de l’activité effective repose sur le bénévolat. Et c’est assez récent, je pense, dans la présentation du rapport financier : aujourd’hui, les associations peuvent valoriser leur bénévolat. Alors l’Alliance a des contreparties avec la Cité. C’est peut-être un cadre particulier. La Cité internationale ne demande pas de loyer pour les bureaux, pour la location des espaces, parce qu’elle considère qu’il s’agit d’une seule et même maison. Donc toutes ces mises à disposition gracieuses sont valorisées puisque cela représente un budget, et en contrepartie tout le bénévolat est valorisé. Par exemple le service de relecture des mémoires et des thèses, même si cela fait un peu compte d’apothicaire de calculer le nombre d’heures estimé sur chaque travail universitaire. Comme il y a des professionnels de ce travail de correction, nous avons pu comparer avec les tarifs qu’ils pratiquent et valoriser ce service. De même, pour le service d’aide à la recherche d’emploi. Autre exemple avec un projet assez particulier : un concours de récits fait par une bénévole qui s’est engagé en termes d’heures, comme une salariée. Elle s’est impliquée par passion, évidemment, mais le travail qu’elle a fourni était très conséquent et tout cela vient aussi peser dans la balance. Donc la professionnalisation, oui. Ensuite, est-ce que l’on entend par professionnalisation uniquement le terme salarié ou bien des pratiques professionnelles, ça je ne sais pas.

Je le vois plus comme des pratiques professionnelles, effectivement. En fait, ce sont des métiers à part entière, même s’ils sont spécifiques.

Oui, absolument. Et maintenant je comprends mieux la question par rapport à la refonte des statuts. Effectivement, l’association à une stratégie de développement. Et elle se doit d’en avoir une. J’en ai connu plusieurs, du coup, pendant mon activité au sein de l’Alliance. Et évidemment, elle doit se projeter en avant, ne pas se reposer uniquement sur les subventions. Ce n’est pas parce qu’on a lancé des activités que l’on va s’arrêter là. Il faut sans cesse se renouveler parce que, en plus, ce sont des activités qui peuvent s’essouffler. Et il faut rester dans un rythme.

Alors, bien sûr, la différence par rapport à une entreprise, c’est que nous ne sommes pas là pour générer des bénéfices. L’association existe pour servir son objet, mais cela n’empêche pas d’avoir finalement d’autres problématiques que de savoir comment fidéliser les cotisants. Et pas seulement pour l’argent puisque, finalement, l’argent est réinvesti. Nous ne sommes pas à la recherche de bénéfices dans ce sens-là, mais nous cherchons comment continuer à fédérer des gens autour de ce projet associatif, pour la vie même de l’association. Donc, nous nous interrogeons. La première question qui s’est posée quand je suis arrivé, c’était de donner une bonne image de l’association avec la refonte du site Internet. Ensuite, nous nous sommes rendu compte qu’il n’y avait pas assez d’activités proposées. Donc, nous avons lancé plein d’activités sur le campus.

Au moment où je suis partie, nous nous rendions compte que les résidents n’étaient pas assez informés, et qu’il est donc difficile de les intéresser. Il faut aller les chercher. Mais comme le réseau de l’Alliance est présent à 80% à l’étranger, il faut aussi s’interroger sur les façons de développer l’activité à l’étranger. Il y a donc toujours des questionnements. On ne peut pas juste se reposer sur le passé. Il ne faut pas jouer « petit », il faut réfléchir global. Il faut réfléchir à moyen et à long terme et pas seulement sur le principe d’un budget annuel.

Ce qui effectivement correspond plus aux principes de développement de toutes les structures, qu’elles soient privées, associatives, etc.

Complètement. Je n’ai pas encore parlé de mon cursus, mais j’ai fait une école de communication et de marketing. Donc, avec des études de marché, etc. À l’Alliance, j’ai eu en charge la rédaction d’une stratégie de développement pour la présenter en assemblée générale. Et je dois dire que, là, je me suis rendu compte que l’apprentissage des études de marché, des freins que l’on pouvait rencontrer, des opportunités à saisir, etc. tout cet enseignement m’a servi à élaborer cette stratégie de développement. Parce qu’il faut réfléchir aussi en ces termes-là. Nous devions prendre en compte que nous sommes sur un campus, mais aussi qu’il y a un environnement « voisin ». De nombreux bénévoles vivent dans le voisinage de la Cité Internationale, ce sont des gens qui connaissent la Cité depuis des années et même parfois mieux que certains résidents. Donc, il y a plusieurs environnements à gérer, plusieurs problématiques auxquelles il faut réfléchir. Ce n’est pas une association d’anciens d’une école. Les habitants de la cité qu’ont-ils en commun ? Un attachement. Donc, nous sommes sur le ressort de l’émotionnel. Voilà, il y a vraiment toute une étude de marché à construire. Il faut s’inspirer de différents modèles, sans pour autant les copier parce que cela reste une structure unique. Donc, oui il faut se servir des outils de l’entreprise, les appliquer et les adapter en toute logique au monde associatif.

C’est le même principe, lorsqu’un bénévole arrive. Comme la personne qui s’est investie sur le concours de récits ; elle est arrivée avec ses idées, puisque c’est une ancienne journaliste et auteur. A l’occasion d’une assemblée générale, notre Président a demandé si quelqu’un avait une idée pour faire connaître l’association ? Elle a proposé l’idée de concours de récits. Donc, elle était pleine d’idées et nous, nous devions adapter cela aux réalités de la structure, à ses moyens. Nous visions grand, mais en étant limités en temps : il y avait toutes les autres activités à continuer à faire vivre, la tenue de l’association d’une manière générale, l’administratif de la structure entière. Donc, c’est aussi le travail de l’équipe permanente d’adapter les idées, de leur donner forme, dans un cadre qui a des contraintes particulières.

Vous expliquez que l’association n’est pas suffisamment connue dans la Cité. De la même façon, le monde associatif n’est pas extrêmement reconnu par rapport à la vie économique « classique ». Face à ce que vous décrivez, hormis le fait de parler de bénévoles, d’affect, d’un relationnel particulier, pourriez-vous être dans une société de services et avoir le même type de propos ?

Je ne sais pas… Mon cursus m’a offert l’opportunité de faire beaucoup de stages. Le domaine de la communication, de la publicité, est quand même assez particulier, et c’est pour cela que je n’y suis pas resté. Il ne m’attirait pas.

Alors que l’objet de l’entreprise va être de faire des bénéfices, je pense que l’objet de l’association est justement de servir son objet. Il y a une grande différence qui, pour moi, est éthique. Je sais que l’argent que je vais enregistrer dans les comptes de l’association -cotisations, dons, services- va servir à l’association et ne va pas profiter à des individus. Donc, on reste quand même dans un cadre de solidarité réelle, et pour moi cela fait une grande différence. Même si, en apparence, on peut assimiler cela à une activité entrepreneuriale. Servir un objet, servir une éthique, servir des valeurs, c’est quand même très différent et on a en plus, je pense, quelque chose d’assez particulier : une association est ouverte à tous les publics. L’Alliance accueille à longueur de journée des visiteurs, des voisins, des gens qui se trompent de bureau, qui atterrissent là par hasard… Un bon exemple, ce sont les conférences débats créées en 2009. L’idée était d’inviter des personnalités de premier plan et de les interroger sur un thème d’actualité. Pour animer ces conférences-débats, il me fallait un journaliste. Or, il s’avère que le journaliste était tout trouvé car, quelques mois auparavant, 2 étudiants en formation de journaliste au CFPJ s’était égarés dans nos locaux, en cherchant l’association des résidents. Donc, je leur ai ouvert la porte, nous avons discuté et un de leurs professeurs est arrivé. L’échange a été sympathique, et le jour où nous avons organisé ces conférences-débat, j’ai fait appel à lui.  Voilà notre réseautage. Cette facilité que l’on a à rencontrer des publics en permanence, c’est une ouverture formidable pour lancer des projets. Avec en plus la souplesse que nous avons pour monter ces actions.

Cela signifie sans doute que vous n’êtes pas entrée en association par hasard, mais vous allez nous le dire. En tout cas, vous utilisez les outils classiques du marketing, sans pourtant oublier l’objet associatif.

Oui, c’est cela. C’est prendre en compte ce que je vous disais : l’environnement dans lequel on est. Et surtout, face à ces budgets qui manquent cruellement dans beaucoup d’associations. Je pense que la créativité est une qualité. Alors je ne sais pas si on vient avec ou pas, si on la développe, mais c’est un atout vraiment indéniable en association. Parce que, sans arrêt, il faut être créatif pour explorer toutes les voies possibles et monter un projet parfois sans argent.

Par exemple le concours de récits, il ne suffisait pas de communiquer cette idée à un réseau à des anciens résidents et faire appel à leur contribution. Il fallait aussi trouver des partenaires, donc aller, en quelque sorte, séduire des responsables, les intéresser à notre projet, les fédérer. Qu’ils y trouvent peut-être aussi un avantage financier, mais « déguisé » en rendant leurs marques visibles auprès d’un public international.

Ce type d’échange ne vous dérange donc pas ?

Non, non, puisqu’au final, nous savons pourquoi nous démarchons ces entreprises, dans quel but. Pour participer au projet de l’association qui lui-même participe au projet de la Cité, le respect de la différence et l’apprentissage d’autres cultures. Ce sont des valeurs humanistes à la base. Donc non, cela ne me dérange pas d’aller démarcher des entreprises. Je ne me sens pas « vendue ». Surtout qu’au final, ce n’est quand même pas toujours évident, nous avons eu beaucoup de refus. Par exemple, sans citer son nom, un animateur de télévision tourne son émission régulièrement dans l’une de nos résidences. Une émission littéraire. Donc, c’était tout trouvé pour nous, nous nous sommes dit que ce monsieur avait un réseau pour nous. En fin de compte, il a été d’une pédanterie incroyable, en nous disant que notre projet ne marcherait jamais. Donc, il a fallu se battre. Et finalement, les gens que nous avons réussi à rattacher à notre cause, sont des personnes chez qui nous n’avons pas seulement trouvé des fonctions ou des responsabilités, mais que nous avons réussi à séduire. Donc, oui, quand c’est pour une bonne cause, il n’y a aucun problème.

D’accord, cela s’appelle de l’adaptabilité !

Alors, vous avez parlé de créativité, d’inventivité, c’est une qualité importante des permanents d’associations ?

Il y en a plusieurs, mais je trouve qu’elle est essentielle, parce que typiquement, on peut mettre y beaucoup de choses. Créativité, inventivité, cela ne va pas sans ouverture d’esprit. Pensez à ce professeur de l’école de journalisme. Si je n’avais pas eu cette ouverture ou cette spontanéité pour aller lui parler, je n’aurais jamais pu l’associer au rôle d’animateur-modérateur pour mes conférences-débats. Donc il y a clairement une notion de de réseautage, même si le challenge de beaucoup de projets montés ces trois dernières années, c’est faire appel à des bonnes volontés pour concrétiser des projets, des activités, avec lesquelles des entreprises pourront quand même faire du bénéfice. Par exemple, la soirée networking, c’est une bénévole qui l’a organisée dans sa propre école, où c’était payant, et qui nous a apporté cette idée. Donc des anciens qui viennent témoigner -forcément gracieusement- de leur parcours professionnel à la rencontre des jeunes générations. Et donc je pense que l’idée, toujours la même, c’est que au lieu de trouver un avantage financier, on décide de leur trouver un autre avantage, de les attirer d’une autre manière. Le bénéfice que vous allez en tirer ne va pas être financier, mais vous avez rencontré des gens et vous allez vous enrichir en apportant quelque chose. Et ça, c’est essentiel. La société ne fonctionne pas uniquement autour de l’argent. Et c’est pour cela que les associations ont une longue vie devant elle. Parce que les associations, et globalement l’économie sociale et solidaire, c’est ce qui crée le lien social, ce qui l’entretient. La solidarité, c’est quelque chose de presque inné. Avant l’avènement de l’humanitaire, la charité a toujours existé et toute société a cela en elle.

L’association a un cadre depuis 1901, elle est reconnue, et je pense qu’elle prend de plus en plus de place aujourd’hui. D’autant plus qu’on est en contexte de crise, donc la solidarité se fait plus sentir. Elle a clairement son rôle fédérateur de lien social à jouer.

Avec ce descriptif, il est difficile de croire que vous êtes entrés par hasard dans l’associatif.

À ma fonction aujourd’hui, non. En revanche, j’ai découvert le milieu associatif dans le cadre de mes études, en faisant des stages. Je pense que j’étais plus à la recherche de petites structures. J’ai commencé par un stage dans une entreprise d’intégration de progiciels, donc pas du tout associatif. C’était dans une des tours de la Défense, et je n’en ai pas gardé un souvenir très marquant. Et au fur et à mesure, je me suis rendu compte qu’il y avait les agences de communication, les agences de relations presse, et leur taille humaine me correspondait beaucoup plus. On pouvait parler à toutes les parties prenantes de la structure, car il n’y a pas forcément de grandes hiérarchies. Mais le milieu en lui-même ne m’a pas plu. Je me suis donc dirigé vers des petites structures et un jour j’ai trouvé une association, le Club International des Jeunes à Paris, qui organise des activités pour les étudiants étrangers vivant en Île-de-France et qui se trouvent un peu seul. Le milieu associatif, je l’ai donc découvert par des stages, et c’est vrai que cela me correspondait totalement de par la taille de la structure, de par la liberté que l’on pouvait entreprendre, et aussi la possibilité de se former à plein de métiers différents. Par exemple, dans ce club Club International des Jeunes à Paris, j’étais chargé de l’administration du site Web, entre autres. Alors que je n’avais jamais administré de sites Web de ma vie. Et il a même fallu que je le construise ! Donc, le président m’a acheté Dreamweaver pour les Nuls®, j’ai potassé pendant un mois et je me suis auto-formée. Je ne suis pas devenue une professionnelle, mais j’ai appris la création de sites. Bon, je suis une touche-à-tout, j’adore cela, je suis très curieuse de découvrir de nouvelles expériences. Et, professionnellement, l’associatif offre cette opportunité. Avant mon poste actuel, je n’avais jamais été formé à la comptabilité, mais je me suis autoformée. Bon, je trouve que cela n’a rien de très complexe non plus puisque l’on fait appel à un expert-comptable, mais cela demande une rigueur, une gymnastique quotidienne que je n’avais pas forcément dans d’autres activités. Et cela m’a appris énormément de choses. Puisque je m’occupe, par exemple, du règlement des cotisations sociales, je sais comment fonctionne tout l’aspect financier d’une structure. En entreprise, ça cela doit être un peu plus complexe parce qu’il y a peut-être d’autres charges qui entrent en compte, mais j’ai cette vision globale du fonctionnement des structures. L’associatif nous oblige à cela, parce que l’on est toujours en manque de moyens. Á un moment donné, il faut y aller. Et ça, c’est passionnant.

Autrement dit, ne nous donnez pas trop d’argent pour continuer à travailler avec plaisir !

Non, ce n’est pas ce que j’ai dit ! Si on pouvait diversifier l’activité différemment, ce serait tout aussi bien. Non, non, on ne refusera jamais l’argent !

Après, je pense que ça reste quand même frustrant, cette activité, parce que l’on a des possibilités incroyables et on a toujours envie d’en faire plus, mais il nous manque le temps. Alors, l’énergie, je l’ai encore aujourd’hui et j’espère que ça va durer. Mais c’est vrai que c’est assez frustrant car on a toujours énormément d’idées. En association, le brainstorming fonctionne bien, on échange beaucoup d’idées avec beaucoup de monde, il y a beaucoup de choses potentielles en attente, de projets possibles, ce qui est génial. On ne peut juste pas les concrétiser, parce que même si on fait appel à des bénévoles, il faut pouvoir les encadrer. Donc c’est à nous de limiter nos activités. Et c’est toujours un passage un peu difficile au moment où les personnes en poste sont déjà très chargées et que les ressources ne sont pas encore suffisantes et qu’il faut donner un coup de rein pour relancer l’activité qui va permettre d’embaucher une personne de plus. C’est vraiment une course de fond.

Cela veut dire qu’il faut une bonne capacité de résistance pour travailler en association ?

Oui, je pense. Et il faut surtout, ça c’est une qualité indispensable, être très structuré dans son travail. Parce que l’on touche à tout, et pour accumuler une charge de travail importante, il faut être capable d’anticiper au maximum. Bien sûr, je parle de mon poste, mais je trouve qu’il faut être capable d’anticiper tout ce qui est travail de fond pour qu’au moment des rushs, il y a toujours des aléas et il faut se laisser une marge pour faire face à ces problèmes de dernière minute. Ce qui arrive de façon assez systématique dans l’organisation d’événements. Même si on a bien fait son travail, il y a toujours des changements de dernière minute.

Ce que vous décrivez va à l’encontre de l’image générale du milieu associatif, qui est souvent présenté comme assez désorganisé. Où chacun fait ce qu’il peut. Vous semblez dire que l’association fonctionne d’autant mieux qu’elle est bien structurée.

Absolument. Mais je trouve que c’est vrai dans n’importe quelle gestion de projet, il faut être structuré. Je pense que l’image un peu dilettante des associations existe encore parce que la professionnalisation est somme toute très récente. Je ne pourrais pas vraiment l’estimer, mais cela doit faire 20 ans que l’on pense vraiment à professionnaliser. C’est donc relativement récent. Et les associations sont aussi très récentes en France, un peu plus d’un siècle maintenant. Alors que les entreprises existent depuis toujours. En plus, l’associatif est parti d’un investissement bénévole.

De même que les associations, tout le secteur humanitaire se professionnalise et on demande en plus des personnes de plus en plus compétentes ou spécialisées. Mais en même temps, on a la liberté d’apporter de la valeur ajoutée à son poste. Par exemple, je me suis adapté à différentes compétences qui n’étaient pas les miennes au départ. Mon collègue à l’Alliance était spécialisé sur son domaine de chargée de communication-webmaster. En même temps, il est photographe amateur et il a clairement apporté cela à son poste, alors que ce n’était pas un critère de recrutement. Mais, c’est maintenant le photographe officiel. Et ça c’est génial.

Je pense que le secteur associatif est en période de transition. Les gens ont encore cette image d’un regroupement de bénévoles sans vraiment de structure. Mais le management est clairement implanté maintenant dans les associations. Et c’est le rôle notamment du délégué ou de la déléguée générale de l’association. En management d’équipe, on applique finalement un peu les modes de fonctionnement d’une entreprise, mais j’ai envie de dire sans les contraintes… mais vous allez me demander « quelles contraintes ? ».

D’accord, alors quelles contraintes ?

Sans trop rentrer dans les détails de notre fonctionnement, disons qu’il y avait des formes d’arrangement ou d’organisation assez souple et assez intelligente. Je pense qu’il y avait une proximité avec notre DG, qu’il n’y a peut-être pas vis-à-vis d’un patron d’entreprise. Et même vis-à-vis du président de l’association, même s’il n’est pas présent de façon permanente à l’association, même s’il est bénévole. Et il ne s’agit pas de parler de rapports amicaux, parce que j’ai toujours fait attention à avoir une certaine distance avec mon président, même le jour où il m’a proposé de le tutoyer, j’ai continué le vouvoiement. Et ce n’est pas pour autant que l’on ne s’estime pas

Alors, qu’est-ce que pourraient être les contraintes en entreprise ? Ou alors des contraintes qui existent en entreprise et que l’on ne retrouve pas en association ? Et bien les contraintes de l’association, je n’en vois pas tellement. C’est sûr que lorsque l’on organise un événement qui va se dérouler sur un week-end, ou bien une excursion, cela nous demande d’être là. Alors oui, il y a des heures supplémentaires, mais comme partout. Et puisque je suis dans des activités sympathiques avec des gens sympathiques, je n’ai pas l’impression de faire un gros effort. Mon ancien collègue pourrait dire la même chose, je pense.

Donc, c’est peut-être le fait d’être passionné, d’être animé par le projet que l’on porte, qui fait que l’on n’est pas très regardant sur l’énergie que l’on va donner. Parce que cela a trait à une éthique.

En fin de compte, la contrainte, c’est un peu triste de dire cela, mais c’est l’argent. Parce que l’on n’est pas forcément très bien payé dans le milieu associatif. Il faut reconnaître. Et c’est un peu triste de faire ce constat-là, parce que finalement on essaye de ne pas être en lien avec l’argent, de ne pas faire de l’argent l’élément central de l’activité. Mais on est un peu sous-payé. Et c’est dommage, parce que l’activité est aussi forte qu’en entreprise. Mais comme elle ne rentre pas dans la logique marchande, les métiers de l’associatif ne sont pas très bien payés.

C’est un fait assez fréquent, effectivement.

Alors, c’est vrai que l’on pourrait associer cela à un manque de reconnaissance. Bon, pour ma part, j’ai eu la chance d’avoir des responsables qui ont toujours été reconnaissants pour mon travail. Mais la reconnaissance ne s’arrête pas uniquement au conseil d’administration ou à l’équipe permanente. C’est aussi avec tous les bénévoles qui s’impliquent, avec le public que l’on va rencontrer. C’est vital, cela, et je crois qu’en entreprise on ne l’a pas forcément. Nous, dans l’associatif, nous l’avons. C’est une récompense qui n’est pas financière, mais qui est très importante. Chacun a sa façon de fonctionner, mais être dans un bon état d’esprit pour aller travailler, faire un travail qui nous plaît, c’est vital. C’est énorme. Il n’y a pas un jour,au long des six ans de travail à l’Alliance, il n’y a pas eu un jour où je n’ai pas été contente d’aller travailler. Et ça, c’est vraiment un choix de vie. C’est vraiment un choix, car on accepte de commencer sa carrière au SMIC alors que l’on a un BAC + 4. Alors, oui, peut-être que je valais un peu plus sur le marché de l’emploi, mais finalement, non, je vaux autre chose, je cherchais autre chose. C’est une qualité de vie, c’est un choix.

Alors, on peut essayer d’associer la vie en entreprise à une activité qui nous plaît. Mais il y aura toujours une pression qui, pour moi, va être liée à l’argent, ou à un client qui va être exigeant parce qu’il a payé, et qui va en demander toujours plus. Tout cela, toutes ces tensions, tout ce relationnel, est lié à l’argent. Et c’est quand même un peu « particulier ».

Malgré tout, pour ne pas être dans le monde de l’optimisme à tout crin, la relation permanents/bénévoles n’est pas tout le temps facile. Dans de nombreuses fédérations et associations, cette relation peut être assez frictionnelle.

Eh bien, je ne l’ai découvert que peu de temps avant de quitter l’Alliance. Parce que jusque là, la majorité des bénévoles rencontrés s’investissaient de façon assez autonome et nous restions un cadre à disposition. Nous avions des exemples où cela se passait très bien : la relecture des mémoires et thèses, ou bien le service d’aide et de mise en relation professionnelle.

Et puis, j’ai eu un autre exemple, qui a pourtant été synonyme de projet réussi, c’est le concours de récits. Il a donné lieu à la remise des prix et à l’édition d’un livre, d’une anthologie, puis à un spectacle littéraire et au lancement d’une deuxième édition. Donc une aventure formidable. Et en fait, mes relations avec la bénévole se sont dégradées, alors qu’elle était très investie. Mais il faut trouver un juste équilibre et ce n’est pas forcément évident. Elle était tellement investie dans le projet, qu’elle voulait le porter, être un peu la coordinatrice. Or ce n’est pas compatible avec le mode de fonctionnement de l’association. Et c’est vraiment délicat de trouver cet équilibre, parce que l’on ne peut rien exiger d’un bénévole, il vient donner ce qu’il a envie, ce qu’il peut. Il faut trouver ce juste milieu. Alors, nous, ne sommes pas confrontés à des exemples de bénévoles qui -par exemple- pourraient venir donner un coup de main le week-end alors que l’équipe de permanents cesse de travailler le vendredi. Mais j’imagine très bien que cela puisse être conflictuel, car certains sont payés alors que d’autres viennent donner de leur temps.

Ici, nous ne sommes dans le même rapport. Je sais que je me recadre sur mon activité et que je ne fais pas que cela par passion. C’est mon activité et à un moment donné je pose un cadre professionnel aussi et parfois il faut prendre des décisions. S’il y a désaccord, c’est l’équipe permanente qui va avoir le dernier mot parce que c’est elle qui lance qui impulse les activités. Donc c’est vrai que ce n’est pas évident pour les bénévoles de trouver leur place et de pouvoir délimiter cette frontière, du fait qu’ils ne sont soumis à aucune règle hiérarchique.

Le président de l’Alliance est également un bénévole ?

Oui. De même que tout le conseil d’administration. Il est bénévole, mais en même temps il a la particularité d’être le chef d’orchestre de la Cité internationale universitaire de Paris. C’est donc un peu particulier, parce qu’il est très souvent sur place. L’Alliance a la chance d’avoir quelqu’un qui connaît très bien la Cité, qui en est salarié. Donc c’est effectivement particulier, mais c’est génial car il a pu défendre les intérêts de l’association qui a été un peu mise en péril à un moment donné avec la Cité. Même s’il est bénévole, un président qui est investi, c’est très important pour l’équipe permanente. En plus d’avoir la reconnaissance du travail que l’on fait, on a besoin de savoir qu’on est encouragé dans les activités réalisées, de sentir que l’on intéresse le reste du conseil d’administration.

Donc, à l’Alliance, le couple permanents/bénévoles fonctionne correctement ?

Oui, et sans les bénévoles, on n’aurait jamais développé autant d’activités. C’est vraiment la vitalité de l’association. Une association qui n’a pas de bénévoles, je ne sais pas à quoi cela peut ressembler d’ailleurs. Pour moi c’est une richesse incroyable, quel que soit l’investissement des bénévoles. Qu’ils viennent nous aider pour une demi-journée où beaucoup plus. Et chacun y trouve son compte puisque, finalement, c’est une mini-société. On est là pour échanger, pour se rencontrer, pour ce lien social qui tend à disparaître avec le mode de vie que nous avons. Et moi je trouve cela vital. Et que cela fait du bien.

Le monde associatif, c’est un peu le conservatoire de la relation humaine ?

Je pense qu’il y contribue pas mal. En particulier pour cette association qui a un ancrage géographique particulier puisque son réseau est à 80 % à l’étranger et que le réseau de bénévoles est à 99 % en Île-de-France. Donc oui, c’est un vivier de liens sociaux indispensable. Alors, après, cela prend des formes différentes selon les associations. Prenons par exemple les AMAP, par lesquels on peut obtenir directement des fruits et légumes des producteurs locaux et qui sont constituées sous forme d’associations de quartiers principalement, oui, tout cela c’est du lien social. Et il faudrait s’interroger sur ce qui crée du lien social en dehors des associations ? En dehors du virtuel, bien sûr. C’est une sacrée question. Il n’y a plus autant de manifestations festives qu’avant, car les divertissements peuvent maintenant se faire en solo. On ne va pas rechercher le contact humain, physique à proprement parler, et c’est donc un rôle vraiment essentiel. Et ce n’est pas pour rien qu’aujourd’hui ce « marché » de l’économie sociale et solidaire occupe une si grande place.

Vous nous avez décrit les qualités nécessaires pour travailler en association. À contrario, qu’est-ce qui empêcherait de travailler en association ? Les permanents d’association ont-ils un profil type ?

Tout le monde peut y venir, à condition d’avoir une capacité d’adaptation et d’évolution. Je ne pense pas qu’il y ait de profil-type ; en tout cas je n’aime pas l’imaginer comme ça. Je dirais plutôt qu’il faut avoir clairement une curiosité, une ouverture d’esprit. Inversement, quelqu’un qui est carriériste, qui est personnel dans son travail, qui va penser en termes de réussite et qui ne va pas intégrer la notion de collaboration, de coopération, il ne sera pas à sa place. C’est écrit dans notre nom, on est là pour s’associer. Pour moi, c’est la réussite de tous les projets. Toute l’activité de l’association a été faite en commun. Alors, avec mon ancien collègue, nous nous sommes investis à deux pour mettre les projets en œuvre. Mais il y a forcément une idée qui s’est baladée, qui ne venait pas de nous. Il y a eu un regard extérieur qui nous a fait évoluer dans le projet. Donc il faut clairement toujours être ouvert, il ne faut pas attendre dans son coin en faisant son quota d’heures, ni plus ni moins, parce que le salaire ne bougera pas. Nous, nous y mettons notre énergie et s’il y a un profil particulier pour l’associatif c’est un profil passionné avant tout. On est passionné par l’objet, le projet associatif porté par la structure, donc on va se donner à fond.

Dans ce cas-là, est-ce que l’on peut être technicien sans être militant dans une association ? Ou bien militant sans être technicien ? Est-ce qu’il y a un juste milieu ou pas ?

Est-ce que l’on peut être technicien sans être militant ? Oui, mais cela me paraît toujours un peu étrange qu’une personne rejoigne une association uniquement parce que le poste lui plaît. Ou alors peut-être parce qu’il y a un environnement de travail peut-être moins stressant ? Quoique… Comme on l’a vu, il y a pas mal de pression puisque l’on est soumis à des à des résultats, et le conseil d’administration est là pour veiller aux bons résultats dans l’activité, dans la gestion des comptes. Mais cela me paraît un peu étrange de me dire que l’on rejoint une association sans être militant, ou bien activiste même si ce terme est un peu fort. Si on ne croit pas au projet associatif, je trouve cela un peu étrange. Alors on peut être un bon technicien, mais finalement on va peut-être se limiter à faire son travail et pas plus. Et moi ce que je trouve intéressant dans les associations, c’est l’investissement personnel. On est là aussi pour cela. On n’est pas là pour faire un quota d’heures. On est là pour porter des projets, les développer. Je pense que quelqu’un qui est là pour faire ses heures et qui va juste faire son travail cela va être correct et probablement qu’il y en a. Mais, je trouve cela un peu dommage par rapport à l’associatif.

A l’inverse, face à quelqu’un qui est uniquement militant et pas technicien, je pense que la bonne volonté ne suffit pas. S’il y a professionnalisation du secteur associatif, ce n’est pas pour rien. C’est que l’on a besoin de compétences réelles, parce qu’on est soumis bien sûr à des résultats et que l’association est une forme d’entreprise. Elle est différente de par son objet, mais cela reste une forme d’entreprise. Donc, il faut des compétences.

Tous les bénévoles ne peuvent pas s’investir de la même façon. Peut-on choisir d’accueillir, ou non, certains bénévoles ?

Oui, on choisit bien sûr d’accueillir des bénévoles. Déjà, il faut connaître la demande, le besoin du bénévole. C’est souvent à partir du besoin qu’ils expriment que l’on va déterminer ce que nous pouvons offrir. Parce que, selon moi, on ne peut pas imposer des tâches aux bénévoles. Il le fera mal, il ne sera pas intéressé. Il faut donc d’abord lui faire exprimer son besoin, et en fonction de son besoin et du temps qu’il va investir dans l’association, on peut lui proposer des actions, allant de quelque chose d’assez chronophage parce qu’on n’a pas le temps de le faire (toujours avec le consentement du bénévole, sans imposer) jusqu’à à la prise en charge un peu plus importante ou à la participation à un projet. La bonne volonté ne suffit pas, et c’est à l’équipe permanente de savoir déceler l’intention de la personne et le temps qu’elle va pouvoir donner à l’association. Parce qu’encadrer un bénévole, cela reste du travail, au même titre qu’encadrer un salarié. Et peut-être même plus, car il n’y a pas de contraintes hiérarchiques. Et quand un bénévole est pris par sa vie personnelle, car il peut avoir beaucoup d’autres activités à côté, quand il ne peut plus s’investir pendant 15 jours, un mois, il faut pouvoir reprendre son activité. Donc, il faut veiller aussi à cela, à ne pas trop se reposer sur les bénévoles, parce que cette main-d’œuvre est très volatile. Il faut y faire attention.

Cela veut dire que par rapport à un permanent, à un salarié, il faut sans doute être beaucoup plus « fin » psychologiquement dans la relation avec un bénévole, plus à l’écoute, avec plus d’empathie.

Absolument. Et la reconnaissance aussi est permanente, et indispensable. La reconnaissance, c’est déjà de remercier la personne d’être là, de continuer à s’investir, à chaque fois qu’elle vient et l’encourager aussi dans son activité.

Si, toutefois, ce qui a été produit n’est pas tout à fait en phase, il faut être extrêmement diplomate et c’est une des trois qualités importantes, en plus de la créativité et du fait d’être structuré. Et il faut trouver les mots justes, parce que l’on accueille des générations différentes. En plus, ici à la Cité, nous accueillons des cultures différentes, donc des publics avec qui il n’est pas toujours très facile d’échanger.

Quand un bénévole s’investit dans l’association, il a toujours l’impression de bien faire. Et, parfois, il peut être en décalage, parce il ne connaît pas tous éléments de notre réalité au quotidien. Il faut donc pouvoir le cadrer sans le froisser, pour qu’il continue à s’investir avec la même énergie, la même constance. Et cette constance, c’est quelque chose d’assez rare, je pense, dans le bénévolat. En tout cas, une constance sur le moyen et long terme.

Bien sûr, cette reconnaissance doit être sincère. Il ne s’agit pas d’un simple « caresse ». Il faut vraiment reconnaître l’apport de la personne. Et il faut le faire aussi avec ses collègues, avec l’équipe permanente. C’est une ambiance qu’il faut entretenir, car je trouve que c’est un privilège que l’on a peut-être par rapport aux entreprises, de parler plus librement. Même si un manager peut le faire avec ses équipes, je trouve que cela résonne un peu plus sincèrement dans l’associatif.

Vous avez parlé de réseautage. La vie des associations est souvent facilitée par un travail en réseau. Comment définissez-vous cela et la façon dont vous vous l’abordez.

Je trouve que le réseautage n’est pas du tout dans la culture française. Pour ma part, je ne l’ai vraiment découvert en association et je ne l’utilise que depuis très récemment. Mais, je pense que j’ai constitué mon réseau au fur et à mesure des années sans m’en rendre compte. Pour porter les activités, quand on connaît le profil d’une personne que l’on a rencontrée, qu’elle soit bénévole ou pas, forcément cela va avoir un écho.

Pour moi, travailler en réseau, c’est associer des personnes soit via un projet associatif, soit parce que j’entends parler de quelque chose et que je transmets. C’est essayer de garder un lien permanent et régulier avec ceux qui nous entourent.

Mais réseauter, ce n’est pas toujours évident. Je le découvre, donc je n’ai pas forcément de guide ou de ligne de conduite. Avant tout, pour moi c’est déjà être curieux des personnes que l’on rencontre, de s’intéresser à elle. Et ce qui est intéressant, c’est que les réseaux des uns et des autres vont pouvoir se combiner. Par exemple, la bénévole qui s’est investie dans le concours de récits avait un réseau assez large et elle a fait activer le réseau d’autres personnes. C’est comme cela que nous avons réussi à fédérer des entreprises partenaires pour le concours, un président pour le jury qui est un écrivain. Le réseautage, c’est beaucoup de démarchage humain, en face à face.

Mais je ne suis pas une experte du réseautage. Je le découvre parce que j’ai des projets professionnels qui évoluent. Et c’est comme cela que j’ai pu vraiment mettre cela en application : j’ai fait appel à une personne qui m’a envoyée vers une personne, etc. Donc j’ai l’impression que c’est comme une sorte d’écho, via des personnes que l’on connaît et qui vont activer leur propre réseau. Je vois ça un peu comme une toile

Vous avez dit que ça n’était pas très développé en France. Ce n’est pas forcément bien considéré et l’on entend plus souvent parler de « copinage » que de réseau. Vous considérez malgré tout que le travail en réseau est un outil professionnel ?

Oui, et indispensable. Ce n’est pas pour rien que les sites de réseaux sociaux professionnels se sont développés. Est-ce que c’est plutôt propre à la nouvelle génération, cette fameuse génération Y ? Parce que c’est vrai que les rapports en entreprise ont quand même changé. C’est peut-être aussi par rapport à ça. On n’est plus tant sur une communication horizontale que verticale. Donc, le sentiment d’entraide se développe peut-être plus. Mais, c’est clairement un outil professionnel. Et je n’hésite pas, dans mon travail, à mettre les gens en relation entre eux. Parce que l’on ne gagne rien à la rétention d’information. C’est complètement nuisible et c’est souvent pour garder une position, un poste. Et le réseau va à l’encontre de cela : c’est le partage d’information. Je le fais assez souvent spontanément parce que cela peut faire plaisir.  Et je me rends souvent compte que cela pourra me servir plus tard. Il y aura peut-être un écho un peu plus tard, le jour où j’aurais besoin de solliciter l’aide d’une personne ou simplement pour des informations. Cette personne sera plus encline à m’aider parce que j’ai pu la mettre en relation à un moment donné, Et cela ne me coute rien de faire. Et puis, en général, on se rend compte que les gens sont assez ouverts, sont assez partants pour ce genre de rencontre informelle, pour discuter. Cela reste donc vraiment un outil indispensable je trouve.

Donc pour bien réseauter, il faut d’abord accepter de donner ?

Oui ! C’est la première des choses. Il faut donner. Si on vient chercher, on est toujours un peu dans la logique de prendre. Et puis les interlocuteurs peuvent se braquer.

Bien sûr, tout dépend de ce que l’on vient chercher, mais quand c’est juste de l’information, je trouve que les gens sont plutôt ouverts au fait d’échanger.

Si l’on sollicite quelque chose de plus important, qui va demander un investissement -quel qu’il soit- à l’interlocuteur, un engagement, je pense qu’il faut peut-être préalablement avoir donné. En tout cas, je le vois comme ça. C’est comme dans les relations humaines.

Je ne pense pas forcément « prendre » aux bénévoles que j’ai rencontrés dans l’association, mais le fait d’avoir ouvert la porte de mon bureau, d’avoir pris le temps de discuter avec certains, de les avoirs écoutés même parfois sur leurs problèmes personnels… Là, j’ai pris le temps d’échanger, mais je ne leur ai rien pris. C’est plutôt à eux que j’ai été utile à un moment donné. Je l’ai fait de bon cœur. Et je sais que je pourrai les solliciter pour des demandes d’aide, pas forcément très importantes. En tout cas je n’hésiterai pas, je n’aurais pas de mal à aller les voir pour leur demander des services, des conseils.

Vous dites que cela ne fait pas très longtemps que vous agissez comme cela, mais vous vous définissez quand même comme une utilisatrice professionnelle des réseaux.

Cela ne fait pas longtemps, parce que cela me faisait un peu peur. À l’époque de mes études en communication et marketing, nos professeurs – des professionnels du secteur- nous disaient « il faut réseauter, il faut réseauter… ». Et cela m’apparaissait comme une contrainte absolue de devoir le faire… Il n’y avait rien de spontané pour moi dans cette démarche que je ne connaissais absolument pas. Parfois je ne ressentais pas le besoin d’échanger avec d’autres, donc je ne le faisais pas. Bon, c’était peut-être aussi par rapport à l’école que j’ai faite, aux personnalités que j’y ai rencontrées. Nous n’étions pas forcément en phase, j’ai eu un peu de mal à rentrer en contact avec les gens de mon école, donc c’est peut-être dû à cela aussi. Je me retrouve beaucoup plus avec des gens qui travaillent en milieu associatif. Ce sont des mentalités différentes.

En fait, ma découverte du réseau est arrivée plus tard, en créant des contacts lors de mes différents stages. Je créais -malgré moi- mon réseau parce que j’avais des contacts au fur et à mesure. Et le jour où j’ai eu besoin de rentrer en contact avec une des personnes que j’avais connues pour un projet sur lequel je m’investissais, je me suis dit « tiens, c’est ça le réseau, c’est plutôt sympathique. ».

En fait, nous avons une très mauvaise image du réseau. On pense souvent à du piston, c’est souvent associé à du copinage pour obtenir un poste. Mais c’est bien plus vaste que cela. Le réseau ne se limite pas à placer un ami à un poste à responsabilité. Cela peut être simplement de l’échange d’informations. Et nous le pratiquons ici, aussi, dans notre travail. Nous ne sommes pas salariés de la Cité Internationale, mais nous avons des relations avec des salariés de la Fondation nationale, donc de la Cité. Ils travaillent dans des services comme la communication. Et mon collègue échange beaucoup techniquement avec leur webmaster. Nous avons des échanges avec les directeurs des différentes résidences, avec le service mécénat, etc. On se rend service très spontanément. C’est important.

Je ne sais pas si c’est notre génération qui est comme ça. Nous sommes moins sur des rapports hiérarchiques, plus sur un travail collaboratif. Et c’est important. Pour travailler en association, il ne faut pas être carriériste. Nous ne sommes pas là pour ça.

Vous avez parlé de la façon dont fonctionne l’Alliance, avec les ex-résidents qui sont à l’étranger. Trouvez-vous que le milieu associatif français est différent du milieu associatif hors de nos frontières, si vous connaissez ce milieu à étranger ?

Malheureusement je ne connais pas d’associations à l’étranger, donc je ne peux pas en parler.

Ceci dit, nos études de marché par rapport à des associations d’anciens d’université comme Harvard ou Cambridge, montrent que ce sont des associations qui ont un pouvoir et des budgets très importants. Mais je ne connais pas leur mode de fonctionnement. Je me rends juste compte qu’ils ont des techniques de gestion d’activités qui se rapprochent de celles de l’entreprise. Donc, cela confirme encore plus qu’il faut continuer à professionnaliser et à appliquer ces techniques d’entreprise pour gérer une structure associative. Ce serait sans doute intéressant de connaître leur fonctionnement.

Vous les voyez comme des exemples vers lesquels il faut avancer ?

C’est un point qui est souvent repris, par exemple dans des forums sur le fundraising, pour chercher des dons, du mécénat. Ce sont des exemples car ils ont un pouvoir très important. Les étudiants qui sont passés par ces universités adhèrent automatiquement à ces associations et il y a un sentiment d’appartenance très fort. Mais ce n’est pas dû seulement à leur association. C »est également la qualité de leur enseignement qui est incontestable. Du coup, il y a peut-être des mentalités qui n’existent pas en France. La mentalité de redonner ce que l’on nous a donné lors du séjour sur le campus, ces liens intergénérationnels qui restent très fort. Et je pense que cela rejoint très facilement la notion de réseau. Le réseau est très ancré aux États-Unis. Pour eux, c’est tout à fait logique, ce serait même à mon avis absurde de ne pas être dans l’association des anciens de son école ou de son université. Je pense que nous pouvons nous en inspirer, même si les problématiques de l’Alliance et des anciens de la Cité sont particulières puisque nous sommes multiculturels et pluridisciplinaire, donc c’est complexe. Alors, de quel modèle s’inspirer ?…

Après, je vois toujours un peu notre association comme une start-up. Il y a encore des choses à expérimenter, notamment d’avoir des antennes à l’étranger. C’est un projet qui est inclus dans les nouveaux statuts. Cela ne va pas être évident à monter : nous avons fait l’essai en nous appuyant sur des anciens, des particuliers, pour faire des rencontres informelles dans des bars. Mais cela n’a pas pris, il n’y avait que quatre ou cinq personnes à chaque fois. En fait, notre idée c’était de travailler sur notre base de contacts, en envoyant un mail par zone géographique, en adressant une invitation aux résidents du pays. Mais, c’étaient en fait des gens qui ne se connaissaient pas. C’était juste une rencontre pour discuter des années de Cité, avec des générations différentes, et cela n’a pas trop pris. Mais il fallait essayer, de toute façon. Là, l’idée va être plus de se rapprocher des services culturels des ambassades de France à l’étranger, de poser un vrai cadre formel, peut-être même de faire des soirées à thème comme des conférences ou autres. Avec, en plus, ce cadre de prestige, cela pourra peut-être attirer plus de monde. Avec toujours le cadre de la francophonie, car cela reste le trait d’union de la majorité de celles et ceux qui passent à la Cité.

Au total, par rapport au fonctionnement des associations étrangères, le seul écho que j’ai, ce sont les ONG qui me semblent avoir un mode de fonctionnement similaire d’un pays à l’autre.

Le monde associatif a-t-il, d’après vous, une image positive à l’extérieur, en dehors des permanents qui y travaillent ?

Bonne question. Pour reprendre ce que l’on disait tout à l’heure, effectivement je pense que l’on a toujours la vision, soit de petites structures dans lesquelles on s’éparpille, on se disperse, soit de grosses structures -comme par exemple les ONG- qui ne sont pas très transparent, qui brassent beaucoup d’argent, sans bien savoir comment tout cela est utilisé. Et cela a malheureusement été entaché par des détournements de fonds.

Je suis donatrice à plusieurs ONG et je trouve qu’elles investissent beaucoup dans la communication. Bon je ne travaille pas en ONG, mais je trouve qu’elles sont plutôt une bonne image. Après, pour avoir échangé avec des victimes de conflits comme à Sarajevo ou au Rwanda, je sais que l’aide humanitaire est très précieuse pour les victimes elles-mêmes. Donc globalement pour les ONG, je dirais que c’est une bonne image. Pour le milieu associatif, même en y travaillant, je suis étonné par le nombre de structures qui existent, par la diversité. C’est donc une richesse incroyable, et en même temps, je déplore peut-être qu’il n’y ait pas assez de regroupement de structures associatives. C’est très facile de créer une association, et je trouve qu’Internet manque d’informations sur ce qui existe. J’ai trouvé un site très bien fait qui recense la plupart des fondations en France, même récemment créées. Par contre, un site qui classifie, un annuaire des associations en France, il n’y en a pas véritablement. En même temps, ce doit être difficile à constituer, car cela change beaucoup.

Cette image « négative » vient peut-être aussi que on l’a souvent associé le milieu associatif au milieu étudiant, avec des associations nouvellement créées, sans continuité, qui s’essoufflent, puis cela meurt et on ferme l’association.

 La constance et l’associatif, ce n’est donc pas toujours évident. En même temps, il y a tellement de structures associatives différentes, avec toujours de nouveaux projets… Il faudrait capitaliser déjà sur l’existant, et je ne sais pas si c’est vraiment une bonne chose de pouvoir créer des associations aussi simplement, en fait. Je trouve ça bien de prendre l’existant et d’essayer de s’y investir, plutôt que de créer à chaque fois, de s’éparpiller… Ce sont des énergies dispersées, alors qu’il pourrait y avoir des synergies. Plusieurs associations pourraient se regrouper pour porter plus facilement leurs projets. Donc, je comprends cette image négative du milieu associatif, au moins pour cette raison.

Le milieu associatif vous semble manquer de synergies ?

Un peu. Je pense qu’il y a beaucoup d’associations qui restent isolées. Même s’il existe des structures, des forums, qui tendent à faire se rencontrer les différentes structures. Mais finalement, nous manquons tous de visibilité les unes par rapport aux autres. En même temps, il y a de très bonnes initiatives. Par exemple, le site France Bénévolat est génial. Il permet aux associations de déposer les offres de bénévolat et de recruter très facilement des bonnes volontés. Il manque peut-être ce genre de structure permettant les synergies et le regroupement.

Cela rapproche les bénévoles et associations, mais pas les associations entre elles.

Oui, et cela manque un peu. Par exemple, j’ai découvert récemment AFS, une association qui envoie des jeunes étudiants, collégiens, lycéens dans des familles d’accueil de pays étrangers. Inversement, des familles d’accueil françaises reçoivent des étudiants étrangers. Donc une expérience de vie superbement intéressante. Cette association date de la première guerre mondiale. Elle a été instaurée par les ambulanciers américains qui débarquaient en Europe et qui avait besoin d’être accueillis. Le projet s’est ensuite développé à l’échelle internationale. De la même façon, j’ai découvert récemment beaucoup d’associations avec des projets de rencontre des cultures vraiment intéressants. C’est passionnant, mais il n’y a aucune visibilité. C’est par hasard que l’on tombe sur ces associations ou ONG. Il manque peut-être une structure ou une interface Web qui présente toutes les associations et qui permette une mise en relation. On gagnerait tous à s’entraider, finalement.

Le foisonnement fait effectivement partie des qualificatifs du monde associatif. Il n’est donc n’est pas facile de s’y retrouver.

Oui. Et ce n’est pas un mal. C’est très bien qu’il y ait beaucoup d’associations qui naissent, parce beaucoup sont à des échelles locales, pour travailler sur des besoins locaux. Les associations qui s’ouvrent à l’international sont peut-être amenées à collaborer plus facilement avec d’autres associations. Mais, même à l’échelle locale, certaines gagneraient à se regrouper, à partager l’expérience, à partager les points de vue, pour développer leur activité.

Sur la professionnalisation, sur cet aspect « nouvelle génération plus collaborative », plus qu’une crise, c’est probablement une transformation de société, de mode de fonctionnement, que nous vivons. Le monde associatif fait-il partie de cette évolution ? Est-il un outil pertinent pour accompagner ces changements ?

C’est vrai que j’ai un regard un peu pessimiste sur la société, avec cette domination de l’argent et tous les dérèglements que cela entraîne : climatique, conflits liés aux ressources naturelles, déforestation etc. Donc, je trouve que le milieu associatif est un vrai refuge, au moins cas moral, mental, pour continuer à espérer un monde sain pour demain. Je ne peux pas préjuger des enjeux stratégiques, géopolitique, et imaginer comment le monde de demain sera fait. Mais, si j’avais un souhait, ce serait que le monde se transforme en une grande économie sociale et solidaire. Que l’on oublie l’argent et que l’on revienne à des modes de communication et d’échange plus sain. Si l’argent doit continuer à exister, parce que je pense qu’il a quand même son utilité, qu’il retrouve sa place, sans être un moteur de développement et de réussite en lui-même. Un outil et pas un but. Ce devait être le but de la monnaie quand elle a été créée : faciliter les échanges. Ce qui était une très bonne idée. Mais aujourd’hui, c’est une finalité. Et c’est bien dommage car nous passons à côté de l’essentiel.

Même si je n’ai pas d’enfant, j’ai des neveux. C’est important de savoir quel monde nous allons laisser aux générations à venir. Je ne sais pas si je suis une activiste, mais l’idée me plaît de travailler en association également pour cela, de me dire que je me rends utile et que je ne ferme pas les yeux sur cette société, que je ne rentre pas complètement dans ce mode de consommation. Et s’il y a une chose que mes études m’ont apprise c’est qu’une fois que ma télé s’est cassée au bout de Quelques mois après mon arrivée sur Paris pour mes études, ma télé s’est cassée et je n’en ai pas rachetée. Cela m’a ouvert forcément les yeux sur toute cette consommation à outrance, qui est juste étourdissante et qui nous fait perdre un peu le sens des réalités. C’est assez incroyable. Surtout quand on vit en ville. Nous sommes beaucoup appelés à consommer par la publicité. Nous savons comment dépenser nos salaires, mais du coup nous passons un peu à côté de l’essentiel, des relations humaines, des échanges de la connaissance de soi.

Pour conclure, comment voyez-vous votre avenir : dans le milieu associatif ? Sur quelles fonctions ? Avec quelle évolution ?

Mon futur est très proche, car j’ai déjà engagé le changement. En fait, je veux vivre l’expérience de l’expatriation que je ne connais pas encore. Je n’ai pas eu ma période Erasmus et ce manque m’a toujours laissé un petit goût amer. Il faut que j’aille vivre à l’étranger au moins une fois, et cela arrive maintenant. J’ai 30 ans, c’est un chiffre tout rond, je n’ai pas de contraintes.

J’ai donc commencé à chercher du travail au Vietnam. C’est un peu compliqué, car je ne parle pas le vietnamien et que rien ne me rattache au Vietnam dans mon histoire personnelle ou professionnelle. Mais le pays m’attire beaucoup. L’Asie en général m’attire d’ailleurs. J’ai déjà passé un mois au Cambodge. En faisant des recherches sur le Vietnam, je me suis rendu compte que 2013 a été l’année France-Vietnam. D’un point de vue économique, ce sont des rapports favorisés entre les deux pays, avec un gros turnover au niveau de l’activité sur place. Donc, vraiment très intéressant. Et, là, le réseau m’a servi parce que j’ai fait appel à quelques personnes que je connaissais à l’Alliance, qui m’ont donné des contacts. Voilà, le pays m’attire. Je connais beaucoup de gens qui y sont allés et qui l’ont trouvé magnifique. En plus, on n’y mange bien ! Donc, beaucoup de préjugés positifs qui me donnent envie d’aller là-bas. J’ai postulé auprès de deux ONG, le WWF et Care, parce que j’en suis donatrice. Dans les critères prérequis pour y être embauché, il y avait la référence à la formation à l’institut Bioforce, école basée à Lyon qui forme depuis 30 ans au métier de l’humanitaire. Je me suis rendu compte qu’il y avait des formations de six mois pour devenir Coordonnateur de projet dans l’humanitaire, en charge de la bonne application de ce type de projets, coordination des équipes bénévoles locales, gestion des ressources humaines etc. et du coup la formation pour ce métier-là il y avait Parmi les prérequis pour être sélectionné, il fallait avoir une expérience en milieu associatif, management de projet, gestion financière et ressources humaines, avoir plus de 23 ans et avoir voyagé. J’adore voyager et chaque année, je pars dans un pays différent. Je me suis donc dit :  » tiens, ça c’est pour moi ». J’ai envoyé mon dossier, j’ai été présélectionné et j’ai réussi le concours d’entrée. Je partais avec un certain handicap par rapport à d’autres, car je n’avais pas d’expérience bénévole dans l’humanitaire, comme -par exemple- ces jeunes qui s’investissent sur un projet d’éducation dans une école, de construction de puits, etc. J’ai dû convaincre le jury que l’on peut être animé par ce projet,  même si je n’ai pas eu l’opportunité de partir, parce que mon parcours professionnel a fait que je n’ai pas eu de temps mort, que je n’ai pas eu de vacances pendant les études, et que j’ai enchaîné avec l’Alliance Internationale qui a été ma première vraie expérience. Je n’ai pas eu le temps de chômer et de partir pour ce genre d’expérience. Pour moi, ce n’est pas du tout incompatible, car -et c’est assez significatif- l’humanitaire recherche des professionnels, des gens avec des compétences parfois spécifiques. Et Bioforce va dans ce sens, puisqu’elle fournit des méthodes spécifiques à ces métiers de l’humanitaire, dans des environnements conflictuels, de famine, de catastrophes naturelles, où la diplomatie joue aussi un rôle fondamental. Quand j’ai découvert cette école, cela m’a donc énormément attiré. C’est une porte d’entrée pour beaucoup de poste et il semble difficile d’accéder autrement au métier de l’humanitaire.

Si, toutefois, cela ne marche pas, j’irai directement Vietnam et je tenterai ma chance là-bas. À l’aventure. Mais avec l’idée de rejoindre, à un moment donné, l’associatif et une ONG. Ce serait génial. Donc, pour moi, ce sera soit la validation par cette école de l’humanitaire, soit le Vietnam. Mais de toute façon, après les six mois de formation, j’irai en Asie, dans la région du Grand Mékong ou dans cette région.

Amélie, merci pour cet entretien, riche, qui permet de voir une approche particulière du travail de DGA en association. Et  tous mes vœux pour cette suite que vous construisez avec passion.

NDLR : depuis cette interview, et après sa formation, Amélie BLANCHARD est partie en opération en Afrique pour MSF comme Reporting Officer (responsable des rapports bailleurs / relations externes). Bravo !

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