Hervé REBOLLO, Délégué général de la Fédération Nationale des Distributeurs, Loueurs et Réparateurs de Matériels de bâtiment, Travaux publics et de Manutention (DLR) et de l’Union Française du Levage (UFL)

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Hervé REBOLLO, bonjour.
Vous êtes
Délégué général de 2 organisations professionnelles. Quelles sont-elles et qui êtes-vous ?

Cela va faire maintenant 5 ans que je suis le Délégué général de la Fédération Nationale des Distributeurs, Loueurs et Réparateurs de Matériels de bâtiment, Travaux publics et de Manutention (DLR). Nous regroupons environ 80 % des entreprises de ces professions et nos adhérents sont spécialisés dans la location, la distribution et la réparation de matériel de BTP, de manutention industrielle et de logistique.

Depuis janvier 2016, je suis également Délégué général de l’Union Française du Levage (UFL) qui nous a rejoints dans une communauté de moyens et de partage d’intérêt réglementaires, techniques et juridiques.

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J’anime une équipe de 11 collaborateurs qui interviennent maintenant sur les dossiers de ces deux structures.

Ma formation est universitaire (Maîtrise d’économétrie), complétée par un 3e cycle de marketing et communication en école de commerce (avec notamment Georges Chetochine pour professeur de marketing Grande distribution). Et ensuite, une formation complémentaire tout à fait logique… l’École des Officiers de Transmission (EAT). Rien ne me prédestinait donc vraiment à rejoindre la voie « organisation professionnelle »…

Qu’est-ce qu’un Délégué général, ou Secrétaire général, puisque le titre peut changer d’une organisation à l’autre ?

Certains d’entre nous ont même le titre de Président, ce avec quoi je ne suis d’ailleurs pas d’accord. C’est un métier de « cerveau droit », absolument pas de « cerveau gauche ». Les angles ne sont pas à 90°. Et, contrairement à ce que l’on peut penser, ce n’est pas non plus un métier au sens politicien du terme. On parle de relations politiques au sens relationnel. On peut très bien mener une fédération sans être membre d’un parti politique, ou même sans que ladite fédération ne soit membre ni du Medef, de la CGPME ou de l’UPA, comme c’est le cas de DLR ou UFL aujourd’hui.

Ce métier consiste en 2 activités :

Secrétaire général, Délégué général, quelle est la définition de ces postes ?

C’est l’un des paradoxes de nos métiers. D’une fédération à une autre, les postes ont parfois le même titre, ils ont l’air de se ressembler, mais ce n’est pas forcément le cas. Certaines professions ont des problématiques extrêmement réglementaires, très liées au droit, d’autres ont des problématiques économiques en relation avec le(s) marché(s), d’autres encore ont des approches régionales, nationales ou internationales. Et par internationales cela peut être de l’importation, de l’exportation ou de l’implantation à l’étranger. Donc, finalement, sur le fond, il y a de vraies différences. Par contre, sur la forme, c’est toujours un peu la même chose et l’on en revient à ce que l’on disait tout à l’heure, il faut représenter, défendre son secteur et répondre aux interrogations des entreprises. Un Secrétaire général / Délégué général qui œuvre par exemple dans l’industrie du médicament n’aura absolument pas les mêmes préoccupations que son homologue du transport routier, du secteur du jouet ou des biens de consommation alimentaires.
Sur le fond, pour un Secrétaire / Délégué général c’est essentiellement, cinq à six dossiers généraux à bien maîtriser, mais finalement, lorsque nous sommes recrutés, ce qui est important c’est que les élus qui nous choisissent comprennent bien une chose -et c’est ce que j’ai toujours demandé : que l’on nous laisse trois ans. Un an pour faire connaissance avec les dossiers, l’équipe, les principaux adhérents, le Bureau ou Conseil d’administration et puis la dizaine d’adhérents qui n’en sont pas membres, mais qui comptent dans l’activité de la fédération ; un an et demi pour comprendre le réseau, les enjeux et commencer à mettre en œuvre. Et enfin la mise en œuvre elle-même. Nous commençons à observer les résultats de notre action entre deux et trois ans après notre arrivée. Finalement, nous avons quasiment passé trois années à « prendre » le poste. Quand on argumente cela auprès d’un chef d’entreprise qui recrute un commercial, un comptable, un DAF, et qu’on lui dit : « je serai opérationnel à 100 % dans trois ans », s’il n’a pas une vraie vision du métier au sein d’une organisation professionnelle, d’une fédération, il ne peut pas nous comprendre. C’est un risque que j’ai toujours pris et il n’est pas évident de dire à un recruteur : « j’ai besoin de deux à trois ans pour être pleinement opérationnel ». Mais c’est quelque chose que je revendique et je suis convaincu qu’avant trois ans, deux ans si cela va un peu vite, on ne peut pas être dans le fond des dossiers. Pour une fédération, un dossier qui va vite, c’est une année, parfois deux. Un dossier qui va très vite, c’est moins d’un an (il y en a quelques-uns tout de même). En entreprise, un dossier qui va vite, ça peut être deux semaines, trois semaines, six mois, on raisonne au trimestre, on raisonne au semestre. Dans une organisation professionnelle, non. Quand vous avez besoin de travailler avec un ministère, de travailler en lobbying, vous poussez vos questions auprès des députés, auprès des chefs de cabinets, auprès des ministres, sur plusieurs mois/années. Le temps des entreprises n’est pas le temps des administrations, qui n’est pas celui des organisations professionnelles. Nos métiers, à nous, consistent à savoir se situer, naviguer, entre ces temps-là, avec ces temps-là, autour de ces temps-là.

Quand j’entends votre description, avec cette notion de recul sur 2 à 3 ans pour être pleinement opérationnel, je comprends que ces postes DLR et UFL ne sont pas votre première fonction en organisation professionnelle ?

Non, effectivement, c’est un métier dans lequel je suis « tombé » il y a 20 ans, par choix. Au départ, j’étais commercial dans une banque d’affaires, une banque de financement. J’ai vite compris que je n’étais pas banquier dans l’âme. Donc on ne reste pas dans une banque si on n’a pas cet esprit. Et d’ailleurs, de manière générale, on ne reste pas à un poste si on n’est pas dans l’esprit du poste. Et, à l’époque, je suis retourné voir une fédération dans laquelle j’avais été stagiaire étudiant lors de jobs d’été, car cela m’avait bien plus. J’avais apprécié cette capacité à se positionner sur des dossiers où l’on a une vision pratiquement à 360°, sur des entreprises, sur un marché, sur les enjeux. Cela m’avait plu et correspondait énormément à ma personnalité aussi. J’ai donc rejoint la fédération de la plasturgie qui cherchait un responsable pour son département économie/international. Par la suite, j’ai travaillé dans diverses organisations professionnelles (les cosmétiques, le plastique, l’emballage, les pièces automobiles). Avec la grande chance d’intervenir tant au niveau régional que national ou international au sein de l’Union européenne ou au grand export. Et aujourd’hui, à DLR et UFL.

Je peux donc vraiment dire que c’est un choix, pas par « accident » ou par défaut. C‘est vraiment un métier pour lequel je crois être fait. Et que l’on ne peut faire avec une certaine réussite si l’on n’a pas la personnalité adéquate. Je m’explique : l’individu qui est, comme je le disais tout à l’heure, plutôt « cerveau gauche » que « droit », qui a besoin de calme, qui a besoin de prendre les dossiers les uns après les autres sans être dérangé, qui n’aime pas l’imprévu ou préfère travailler sur un nombre limité de questions, ne doit surtout pas « mettre les pieds » dans nos métiers. Parce qu’il faut une réelle capacité à comprendre de nombreux et très différents aspects dans des domaines très variés, les embrasser, les synthétiser vite, accepter de ne pas être spécialiste de tout, mais d’être bon généraliste et savoir où trouver les spécialistes selon le type de questions et le type de problématique. Ce qui veut dire aussi, manager et être présent au sein de réseaux. Ceci renvoie à ce que je disais tout à l’heure : on ne constitue pas un réseau en six mois, il faut des années pour cela. D’autant plus si ce sont des réseaux sectoriels spécialisés.

Nous voyons bien comment vous y êtes parvenu professionnellement. Mais, comment définiriez-vous la/les filière(s) pour arriver à ces métiers ?

Je vais enfoncer une porte ouverte : il n’y a absolument aucune filière de formation, il n’y a absolument aucune école, aucun parcours type. On trouve à nos postes des individus, hommes ou femmes, avec les diplômes et les parcours les plus variés. Certains diront qu’il suffit peut-être de faire l’une des grandes écoles françaises. Peut-être. Je ne suis pas convaincu que c’est la voie royale pour les 10 ans à venir. Non, je pense qu’il n’y a pas de réponse à cette question-là. Par contre, ce qui est certain, c’est que nous avons intérêt, nous salariés des associations et des organisations professionnelles, a peut-être essayé de nous regrouper, en parler entre nous, à mieux communiquer là-dessus.

Et pour enfoncer ce clou-là, notons que notre profession – car c’en est une, celle de salarié en organisation professionnelle – n’a pas de convention collective. Ce qui fait qu’un salarié comme moi, ayant changé plusieurs fois de fédération, de syndicat professionnel, mais ayant toujours fait le même métier, j’ai changé quatre ou cinq fois de convention collective (pour mémoire, une organisation professionnelle applique généralement à ses salariés la convention collective du secteur qu’elle représente). Des conventions collectives qui n’ont absolument rien à voir l’une avec l’autre alors que mon métier est resté le même. Cela signifie que moi, en tant que salarié, je peux me retrouver à perdre des avantages liés à l’ancienneté. C’est un peu dommage. C’est certainement un manque dans nos professions. Je n’ai plus en tête, en France, le nombre de salariés travaillant en organisation professionnelle, mais on parle de plusieurs dizaines de milliers de collaborateurs qui ont plus ou moins, en tout cas sur le fond si pas sur la forme, les mêmes métiers, et qui ont des conventions collectives de tous types. À titre personnel, c’est quelque chose que je déplore.

Cela signifie donc que les métiers des organisations professionnelles ne sont pas définis en tant que tels ou, à tout le moins, qu’ils sont profondément méconnus ?

Nos métiers existent. C’est une certitude. Sans le monde des fédérations et des associations, énormément de choses ne se feraient pas, et à bien des niveaux. C’est vraiment regrettable, et je n’ai pas la solution, je n’ai pas la réponse à cela, mais ce sont effectivement des métiers totalement méconnus du grand public. Mais surtout, parfois méconnus des professionnels eux-mêmes, administrations, politiques et plus surprenant parfois même des responsables d’entreprises. Et je vais même plus loin, parfois décriés. Ainsi, comment attirer les jeunes talents (nous aussi en avons besoin) ?

Je vais utiliser une expression que j’emploie souvent, quitte à déplaire : nous, salariés d’organisations professionnelles, on nous voit encore trop souvent comme des gens très sympathiques, « fonctionnaires du privé », avec des emplois protégés. Sympas, mais dont on ne sait pas très bien ce qu’ils font. C’est un vrai syndrome, un vrai problème. Je me bats énormément pour expliquer que je ne travaille pas 60 heures certaines semaines pour amuser la galerie. J’exerce un vrai métier, j’ai vraiment du boulot, et je rends service au secteur que je représente… accessoirement à mon pays. Mais cet aspect, clairement, n’intéresse que peu de gens (ce que je peux aussi comprendre).

C’est l’une des raisons qui m’ont poussé ces dernières années à rejoindre le Centre d’Études des Directeurs d’Associations Professionnelles (CEDAP) et à m’y investir beaucoup.

En France, nous vivons le syndrome du lobbyiste qui serait là pour défendre des projets inavouables en faveur de mauvais intérêts. Il y a la mauvaise image de l’entreprise au sens large. Et il faut faire avec tout cela. En même temps, on ne sait pas que si les salariés des organisations professionnelles sont appelés des « permanents », ils sont en fait… non permanents.

Alors, justement, j’estime que nous, salariés des organisations professionnelles, nous nous tirons une balle dans le pied quand nous utilisons le mot « permanent ». Permanent, c’est affreux. Je suis permanent : vous avez de la chance Monsieur ! Et quel âge avez-vous ? 528 ans ? Vous êtes à ce poste depuis 254 ans ? Permanent, c’est connoté, c’est négatif, cela fait pavé installé dans la mare. Non, c’est collaborateur, c’est salarié d’organisation professionnelle.

Ensuite, le mot lobbyiste pose aussi un problème parce qu’il est lui aussi connoté. Négativement et notamment en France. Mais il est vrai que l’on n’a jamais trouvé un terme qui pourrait qualifier plus noblement (et en langue française) cette activité. Il est sûrement à inventer. On pourrait sûrement trouver un « francicisme barbare » (?). Je pense qu’il y a un travail à faire ici.

Puisque nous parlons de définitions, avez-vous déjà vécu l’anecdote décrite dans ce blog sur la présentation de votre métier ?

Si vous voulez rire, commencez par expliquer votre métier à vos enfants… Quand ils doivent eux-mêmes l’expliquer à leurs professeurs, là, on vit de grands moments de solitude. Je trouve cette anecdote très symbolique, très significative. Donc, oui, c’est une réalité. Vous faites quoi ? Eh bien, je fais tout : je dirige une équipe, je gère un budget, je traite de questions sociales, techniques, commerciales, juridiques, de sécurité, de qualité, d’environnement… dans lesquelles, je ne peux pas être systématiquement un spécialiste. C’est impossible. J’ai effectivement une ou deux expertises / spécialités, mais cela ne suffit pas pour tout embrasser. Donc, une fois que j’ai dit cela, parfois -comme cela m’est arrivé lors d’un entretien de recrutement- on me dit : « finalement, vous êtes Monsieur « Je sais tout ». Non, je ne suis pas Monsieur « Je sais tout ». Je suis Monsieur « Je suis censé tout savoir », ce qui est un peu différent. Je suis censé répondre aux questions des entreprises adhérentes, aux questions des politiques et des administrations. Et enfin, convaincre les entreprises non adhérentes (non membres de nos organisations, convaincues qu’elles sont que nous coûtons cher ou pire que nous ne servons à rien). Mais je ne vais surtout pas me plaindre, car le job est fantastique, que l’on y rencontre des personnes remarquables, notamment des chefs d’entreprises qui ont à cœur de faire avancer les choses.

Donc oui, il faut quand même avoir la personnalité pour l’embrasser ce métier dont la promotion n’existe pas réellement. C’est une problématique importante pour moi (dans la mesure où, si certains non membres, adhérents potentiels de nos fédérations / associations ne connaissent pas mon métier et sa valeur ajoutée, mon efficacité est diminuée et l’existence même de mon poste mise en danger). Alors, mon problème, aujourd’hui, c’est que je suis capable d’identifier cette problématique, de la qualifier, de la décrire, mais par contre je n’ai pas l’ombre d’une piste de solution. Si ce n’est en parler, en faire la promotion. Je dis toujours à mes collaborateurs : si vous ne dites pas vous-même ce que vous faites, si vous n’en faites pas la promotion de votre propre chef… même modestement, l’idée n’est pas d’être arrogant, ce n’est pas cela. Mais compte tenu de la visibilité de nos métiers, si nous-mêmes nous n’en parlons pas, et en permanence, à le redire, à démontrer… nous faisons une erreur. Quelque part, cela fait partie du job. Alors, nous sommes dans l’informel, il n’y a pas de méthode, il n’y a pas de voie royale pour y arriver. Chacun trouve midi à sa porte dans ce domaine-là.

Au total, comment définir les qualités requises et à contrario les « fonctionnements » incompatibles avec ces postes en OP ?

D’abord, je l’ai dit, être capable d’embrasser très largement en acceptant de ne pas être spécialiste sur toutes les questions et de gérer un nombre important de contacts divers et variés. Ce qui n’est pas forcément facile. Ensuite, un esprit de synthèse évident : si vous rentrez trop dans les détails dans un métier de délégué général, vous êtes morts avant d’avoir commencé (d’une part le temps vous fait défaut, d’autre part c’est le travail des groupes de travail et autres commissions de la fédération de rentrer dans les détails). Également, une capacité à gérer la solitude. On sait de longue date la solitude du chef d’entreprise. Et bien je me demande si parfois celui-ci n’est parfois pas moins seul qu’un Délégué général ou un Secrétaire général de fédération. Je caricature peut-être un petit peu, mais un chef d’entreprise, il peut avoir un tour de table, un conseil d’administration, des partenaires, des investisseurs. Je ne prétends pas que c’est facile, mais il est moins seul. Dans les fédérations, nous avons un board, effectivement, constitué d’élus (souvent très dévoués et dont la présence est essentielle – eux font avancer les choses) qui viennent d’horizons divers et variés, mais -et ce n’est pas négatif de le dire- avec qui il est complexe d’établir des relations sur le long terme et régulières, car eux-mêmes ont, par ailleurs, des entreprises à diriger et ils ne peuvent pas donner 100 % de leur temps aux organisations professionnelles (même si je le redis, certains donnent vraiment beaucoup). Donc, nos postes sont d’une solitude assez incroyable. Quand j’étais en entreprise, j’étais nettement moins seul qu’aujourd’hui. Après, il faut avoir les qualités du manager, les qualités de l’homme politique, c’est-à-dire toujours le sourire, ne jamais se vexer. Et puis accepter de passer dans la lumière ou dans l’ombre selon ce que nous demandent nos élus : certains nous demandent de monter à la tribune, d’autres ne veulent pas nous voir apparaître.
En fait, ce qui est important, c’est de ne pas avoir d’amour-propre d’auteur, c’est-à-dire que si vous avez un ego, il ne faut pas venir en fédération. Parce que vous allez réussir des actions que d’autres vont s’approprier, vous allez travailler d’arrache-pied et quelqu’un d’autre va en tirer toute la « gloire ». Il faut pouvoir l’accepter. Ce n’est ni positif ni négatif, c’est le job qui veut cela. Personnellement, cela ne me pose pas problème. Comme nous sommes des gens qui écrivons beaucoup, il faut quand même maîtriser la langue de Voltaire, mais aussi très souvent celle de Shakespeare. Il faut aussi accepter de faire, défaire et refaire : vous allez écrire un texte qui ne va pas convenir à vos élus et il va falloir le recommencer une fois, deux fois, trois fois. Si vous mettez de l’ego là-dedans, vous êtes « mort » avant d’avoir commencé.

C’est donc un poste où il faut être ambitieux et modeste, il faut faire semblant de savoir beaucoup de choses en acceptant de ne pas les connaître à fond, il faut avoir des réseaux. Ici se pose d’ailleurs un problème spécifique : notre pays étant un pays de castes d’écoles, si vous n’êtes pas de la bonne école, vous n’avez pas forcément le bon réseau quand il faut aller parler à tel ou tel. Là, on est confronté à une vraie problématique. Alors bien sûr cela se surmonte, mais que de temps perdu…

Ce n’est pas simple comme description. Si c’était une fiche de poste, je ne sais pas combien se diraient qu’ils rentrent pile dans la définition.

Tout à fait. Il y a sûrement un travail des collaborateurs de fédérations à faire là-dessus. Et on en revient à ce que l’on disait tout à l’heure : la communication sur ces métiers ! Et, effectivement, essayer de les définir. Maintenant, comme on le disait auparavant, une fédération va plus travailler sur des affaires réglementaires, une autre sur des affaires sociales, une autre encore sur des affaires d’import-export, ou sur des affaires régionales, etc. Donc, sur la forme les métiers sont un peu les mêmes, mais sur le fond pas forcément. C’est effectivement difficile à définir et aujourd’hui je n’ai pas forcément les réponses. J’ai des pistes de réflexion, mais pas les réponses. Il faut se mettre à plusieurs autour d’une table pour pouvoir trouver ces réponses.

Sans sortir de la confidentialité, qui fait partie de ces métiers, pouvez-vous me citer un exemple de dossier traité pour voir comment vous intervenez ?

Effectivement, la confidentialité est une composante essentielle de ce métier.

Je ne peux pas vous parler de dossiers sur lesquels je travaille actuellement. Mais je peux citer mon activité passée : j’ai travaillé dans une fédération qui représente un secteur qui exporte des produits en direction de la Chine. Du jour au lendemain, le Ministère de la santé chinois a fermé les frontières pour raison de (non) conformité réglementaire. En 24 heures, nos produits n’étaient plus conformes. Bien évidemment, on sait que cela n’a rien à voir avec la réglementation, et qu’il s’agit bien d’obstacle au commerce déguisé, réalisé par une autorité d’un pays étranger qui veut empêcher la pénétration de son marché par des produits étrangers meilleurs que ceux produits localement. J’aime beaucoup cet exemple, car je le trouve très caractéristique de nombre de dossiers que nous menons en organisation professionnelle :

1)      Les entreprises adhérentes sont dans l’urgence, le très court terme et se « moquent » du contexte réglementaire, technique ou légal. Elles ne voient qu’une chose : leur chiffre d’affaires qui s’écroule brusquement (elles ont raison, mais…).

2)      Vous devez agir (très, très) vite.

3)      Il est très difficile de voir arriver ce type d’affaires (qui peut surgir à tout moment dans le domaine économique, affaires sociales, environnemental, sécurité, etc.) et donc d’avoir des dossiers déjà prêts.

4)      Vous devez mobiliser des ressources internes et externes.

5)      Vous pouvez avoir autant de difficultés à établir une relation avec la source du problème qu’avec vos supposés alliés (administrations françaises, les entreprises adhérentes ou pas à votre fédération).

6)      Vous ne pouvez jamais prévoir combien de temps prendra la résolution du problème (une semaine, un mois, un an ?) et le « vendre » à vos adhérents.

7)      Vous devez arriver à une sortie de crise qui convienne à vos adhérents.

Nous avons résolu notre « crise chinoise » à l’époque en passant par toutes ces phases.

Beaucoup de stress et un excellent souvenir professionnel.

Vous parlez d’organisations patronales. Nous nous connaissons depuis un bon nombre d’années et je sais que, à titre privé, vous êtes journaliste moto et membre de plusieurs associations motocyclistes. Vous avez donc une vision privée et professionnelle de ces métiers/activités associatives. Vous pouvez faire des comparaisons entre le monde associatif et le monde des OP ?

Alors, d’abord, une petite réaction sur le terme « organisation patronale ». Cela me gêne. Cet intitulé me gêne, car je le trouve connoté. Dans la culture française, c’est tout de suite d’un côté les patrons et de l’autre les salariés/ouvriers. Cet intitulé renvoie quasi automatiquement à une notion d’opposition entre acteurs. Non, je préfère parler d’organisations professionnelles ou de fédérations professionnelles. Bien sûr, ceci n’est qu’un avis personnel tout à fait discutable et je n’oublie pas qu’effectivement je travaille au service d’une structure dirigée par et pour des chefs d’entreprise.

Quoi qu’il en soit, nous travaillons au niveau de la convention collective dans le cadre d’un vrai paritarisme avec les organisations syndicales de salariés. C’est d’ailleurs très constructif. Donc, organisations patronales, le terme me dérange. Parlons d’organisation ou de fédérations professionnelles.

Alors, après, le monde associatif « privé », les clubs comme l’on dit populairement, c’est en même temps pareil et très différent. Identique sur le fond parce qu’il y a des statuts, une trésorerie, un bureau organe de décision, avec des gens qui donnent du temps, bénévolement. Mais là s’arrête la comparaison. En effet, dans nos organisations professionnelles nous nous devons justement de rester professionnels. C’est un métier qui doit aboutir à des résultats dont les conséquences peuvent être significatives pour l’économie même d’un secteur, une région, un pays.

Pour ce qui est d’une « simple assoc » de loisir, c’est assez différent, de ce que j’ai pu en constater, notamment au niveau des comportements individuels de certains adhérents. J’ai vu nombre de personnes arriver en association dite de loisir et qui se croient tout permis ou qui ont des comportements qui ne correspondent pas à ceux d’adultes, mariés, ayant des enfants, payant des impôts. On a l’impression d’être au jardin d’enfants. On n’en revient finalement toujours à des comportements d’individus avant que de parler de compétences ou de professionnalisme. D’abord, une association c’est une auberge espagnole. On n’y vient avec « son manger ». On y apporte quelque chose. Si l’on vient dans une association pour y prendre quelque chose, on se trompe. Il vaut mieux alors faire appel à un prestataire payant, à ce moment-là. Il faut se comporter en client qui paye. Une association, ce n’est pas un club de clients, c’est un club d’adhérents. C’est une association de gens motivés par les mêmes intérêts, les mêmes envies, les mêmes visions. Et qui apportent quelque chose.
J’ai eu la chance de vraiment beaucoup voyager, tant à titre privé que pour des raisons professionnelles. Je suis désolé de revenir sur ce vieux cliché, mais quand vous êtes en Amérique du Nord, États-Unis ou Canada, le monde associatif est hallucinant. Les membres sont prêts à se faire couper un bras pour faire avancer le club, l’association, le chapitre, la fraternité. En France, si on se fait couper un bras, il faudrait que cela rapporte quelque chose… Alors, bien sûr, je caricature, bien sûr je grossis le trait. Mais, quand même. Donc, je pense que le monde des associations est un monde à part entière, qu’il est peu connu, qu’il est mal expliqué. Par nous, membres, bien sûr, mais aussi par des médias qui ne s’y intéressent que peu. Et de toute façon, aujourd’hui, c’est simple, une association qui fait parler d’elle, elle a dans ses membres un ou plusieurs « leaders » connus, une vedette sportive ou du cinéma. On en revient toujours à cela. Si vous n’avez pas la vedette qui va bien, si vous n’avez pas un leader de votre activité dans votre fédération, c’est plus compliqué.

Et pourtant le poids économique et social des associations en France est très important. Mais l’on en parle peu.

Sans même parler de poids, parlons clairement : sans le monde associatif, qu’ils soient à caractère professionnel, de loisirs, social, familial, etc., la moitié de ce qui fait la société française où la société moderne au sens large, n’existerait pas. Nous sommes des intermédiaires indispensables. Et cela, je le pensais avant de rejoindre ces métiers. Je le pense encore plus depuis. Nous sommes des relais indispensables, nous sommes ce que les Anglo-Saxons appellent des « go between » (« a person who acts as an agent or intermediary between persons or groups in a transaction or dealing » World English Dictionary). Nous sommes des tuyaux par lesquels passent des informations dans un sens ou dans un autre. Et notre métier c’est de les porter, les valoriser et les faire entendre du bon interlocuteur ces informations, ces demandes. Et, effectivement, il y a un déficit de communication. Je me répète, je ne sais pas comment vaincre ce déficit de communication. Car, effectivement, le temps que je passe à travailler je ne le passe pas à faire la promotion de ce que je fais. Comme disait Coluche à une époque, le temps qu’il passe à courir, il ne le passe pas à se demander pourquoi il court.

Nous arrivons au terme de notre entretien. Avez-vous un message particulier ou une actualité à nous présenter ?

Pour clore, adhérez à vos organisations professionnelles ! Je vais peut-être paraître un peu arrogant, mais tant pis je prends des raccourcis. Je ne comprends pas qu’aujourd’hui une entreprise, quelle qu’elle soit, ne soit pas membre de son organisation professionnelle. Et notamment une PME. Une entreprise structurée avec une direction juridique, une DAF, une direction générale, commerciale, je peux éventuellement comprendre qu’elle n’adhère pas. Encore que… Mais, ne pas être membre de sa fédération, c’est quelque chose qui m’échappe, car l’entreprise se coupe d’un flux d’informations absolument incroyable. Alors, je voudrais faire un petit appel du pied. Je n’ai absolument rien contre les corps des experts-comptables ou des avocats, mais face au nombre de PME qui me disent : « non, c’est bon, mon expert-comptable, ou mon avocat, a les réponses ». D’abord, leurs réponses sont payantes, et ensuite, si vous saviez le nombre d’experts-comptables ou d’avocats – et je ne critique absolument pas cela, ils font leur métier- qui appellent les fédérations pour avoir leur réponse… Cela, ils oublient de le dire à leurs clients… Et de toute façon, ils ne sont pas dans le corps de métier, ils ne sont pas dans les us et coutumes de la profession, ils ne savent pas ce qui s’y passe. J’ai une équipe de trois personnes pour les affaires sociales. Et nous avons à peu près un avocat et un expert-comptable par jour qui nous appelle pour client à lui, un non-adhérent pour nous demander comment résoudre telle ou telle question. Nous répondons aux adhérents, mais nous ne répondons pas aux non-adhérents. D’une manière générale, adhérez à vos associations professionnelles, soyez membres, même dormants. Car, ce que j’ai pu constater, comme par hasard, c’est que très souvent, les meilleurs dans leur secteur sont membres de leur fédération. Et ils y sont même très actifs, comme par hasard… Comme par hasard, ils « attrapent » des informations, ils sont au courant de certains dossiers que les autres ne connaissent pas, ils sont proactifs et cela paye !

Donc, il n’y a pas de hasard. C.Q.F.D.
Merci Hervé.

 

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